‹ ThéâtreChapitre 871 sur 971 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

Les MÊMES, CREVECQEUR, puis DESROSIERS.

CRÈVECCEUR. Le contrat est prêt, et vous ne le signerez pas.

MONTORGUEIL. Qu'ai-je vu î

PAUL. Lui!

CRÈVECŒUR. Nous avoQS plus d'un compte à régler enseniDle , mais à plus tard le reste... Aujourd'hui ce mariage d'abord. , . ce mariage qui ne se fera pas.

MONTORGUEIL. Et qui l'empêchera î CRÈVEGŒUR. Moi , et cela ne sera pas

long!,.. {Allant à la porte. ) Venez, venez,

monsieur Desrosiers.

DESROSIERS , entrant. Montorgueil et Didier !

CRÈVECŒUR. Oui, ce sont eux... votre futur gendre et son digne ami ; l'un , qui a séduit et déshonoré une jeune fille...

PAUL. Que dit il?

CRÈVECŒUR. L'autre , qui a tenté de me tuer , moi que vous avez recueilli.

DESROSIERS. Vous tucr?. .. PaHez, parlez, messieurs, je l'exige.

MONTORGUEIL. Si cet homme est le même qui s'abrutissait naguère à force d'eau-devie... s'il s'appelle Crèvecœur enfin; oui, c'est vrai , c'est moi qui l'ai blessé , car il s'est jeté sur moi comme un furieux , le couteau à la main , sans même me donner lu choix , comme font ses semblables , sans me crier avant : La bourse ou la vie !

CRÈVEcœuR. Misérable!.,, mais ne craignez rien. .. je saurai me calmer pour le confondre... Oui, j'ai voulu sa mort parce que, profitant de mon état d'abrulisseuïcnt , il a voulu se servir de mou bras pour assassiner un pauvre enfanl. .. ma Louise... ma fille, enfin !

PAUL. Sa fille 1...

CRi'VECŒUR. Oui, la fille de Jérôme Hubert I

PAUL. Jérôme Hubert!

MONTORGUEIL, A(7,<. Souge h tou frèrc !

DESKOsiKKS. Eh bien ! ([ue répondez-xons, monsieur? un pareil crime, une semblable aciu.saiion... eucurc une fois, que rcpon doz-vous?...

MAGASIN TTTtATRAL.

MONTORGUEiL. A lui, rien.. . mais à vous, monsieur , je dirai que vous êtes prompt à vous laisser convaincre par le premier mendiant ou le premier voleur; que vous êtes prompt à condamner vos amis !... Savez-vous bien ce que c'est que cet homme qui m'accuse... cet homme a fait vingt ans de bagne!

CRÈVECOEUR. Oui; maisilsaitbien, l'infâme, que ce crime , pour lequel j'ai été condamné, n'était pas le mien... et maintenant, j'ai les preuves de mon innocence... les preuves qui accusent et condamnent le vrai coupable, François Renaud.

MONTORGUEIL, bas. François Renaud!...

{Haut) vous avez vos preuves, n'est-ce pas?... Eh bien ! faites arrêter , juger et condamner ce François Renaud , Ubre à vous ; mais c'est au procureur du roi , seul , qu'il faut vous adresser.

V»\^AAV»/V\M»V**VVVVVlV»A/VViV\\Vl«/VVV»Vl«rtVVVVVVVVVVVVVVWVVVV

Les mêmes, DIDIER et BAGNOLET, AR- THEMISE et LOUISE , au fond.

DIDIER , S* avançant. Le procureur du roi, je le quitte à l'instant , monsieur.

MONTORGUEIL. Charles Didier , vivant !

Louise redescend près de son père avec Arthémise, tandis que Bagnolet se tient encore au fond.

PAUL. Mon frère !

LOUISE. Paul!...

DIDIER. Ah ! vous ne vous attendiez pas me revoir, moi que vous aviez enfermé dans ce réduit où je devais mourir ! où je suis resté deux jours en proie à tous les supplices, à toutes les tortures. Oh ! que les heures venaient lentement!. .. Epuisé par mes cris inutiles, par les déchirements de la faim, je sentais le froid de la mort s'emparer de moi, lorsqu'un bruit de pioches retentit audessus de ma tête., .je me ranime, je reprends courage, on vient me secourir ! m'écriai-je ! mais tout à coup le bruit cesse, j'écoute... un instant après, une pierre tombe sur la trappe de ma prison, puis une autre, puis une autre encore... des voix confuses arriventjusqu'à mon oreille, je les entends, je les distingue, j'appelle à mon aide ! efforts superflus... Les pierres tombaient toujours, puis un craquement épouvantable, horreur... Ils abattaient la maison.

PAUL et LOUISE. Malheureux!

DIDIER. Moi, j'étais h genoux, j'avais fait le sacrifice de ma vie, Je priais le ciel de consfsrver la vôtre et d'abréger mon supplice, lorsqu'un rayon de jour arrive jusqu'à moi, l'air me frappe au visage, on prononce mon nom ! une main saisit la mienne, on m'entraîne, on me soutient, on m'emporte... c'était Bagnolet, Bagnolet qui venait me sauver.

MONTORGUEIL. Bagnolet !

BAGNOLET, redescendant. Et ça n'a pas été bien long... sans compter que c'est vous qui m'en avez fourni tous les moyens.

MONTORGUEIL. Moi !

BAGNOLET. D'abord, en m'enfermant dans un pavillon dont vous gardiez la porte tandis que je sautais par la fenêtre ; ensuite en me fournissant un bon cabriolet qui venait de vous conduire; au bout de cinq minutes j'étais arrivé ; cinq minutes plus tard, j'avais pénétré dans la cave et nous en ressortions ensemble ; au bout de cinq autres, je rentrais dans mon pavillon ; enfin j'avais mis quinze minutes pour renverser le piège d'un misérable et sauver un honnête homme.

C'est un petit quart d'heure assez bien employé; qu'en dites- vous, monsieur ?

ARTHÉMISE. Ce pauvre Bagnolet... c'est donc pour ça que tu étais si pâle ?

BAGNOLET. Mals Oul !

ARTHÉMISE. Et moi qui t'accusais !

DESROSIERS, à Paul. Mais qui donc êtesvous, monsieur ?

PAUL. Un malheureux que l'on contraignait à ce mariage, en lui promettant la vie de son frère, qui ne l'accomplissait que pour le sauver, et qui serait mort après sa délivrance.

DIDIER. Bien! bien, Paul... Mais terminons avec cet homme ! vous comprenez qu'une fois libre, j'ai voulu tenir le serment que j'avais fait sur les mânes de mon père. Je me suis adressé à la justice , elle savait tout votre passé, comme elle connaît tout votre présent ; elle sait que , trouvant trop peu pour vous d'une existence et d'un nom à flétrir, il vous a fallu deux existences infâmes et deux noms couverts d'opprobre ; car si vous êtes aujourd'hui Montorgueil, le faussaire et l'assassin, vous avez été autrefois assassin et voleur sous le nom de François Renaud.

TOUS. Lui ! François Renaud !

CRÈVECOEUR. FrauçoisRenaud, dites-vousî Ah ! merci, merci, jeune homme ; vous me rendez plus que la vie. . . Ah ! je le tiens donc, enfin.

LES BOHEMIENS DE PARIS

tWWtVWVWlVUWU WAA/VWUWWWVUWM/WWVVWVWV/WWVIWI

Page 1