SCENE II
WAUITANA, DON JOSE.
MARITANA, revenant. Plus personne...
DON JOSK. Si fait... un ami.
MARITAN.N. L'o ami?
DON JOSE. Qui veut aHSsi payer le plaisir que vos chants lui ont causé.
11 lui donne un quadruple.
M. \ RIT AN A. Un quadruple!... [Tristement.) Encore im !
DON JOSE. De quel air vous dites cela !... Esl-ceroiïredecetorqui vous attriste ainsi?. ..
MARITANA. Oui, uionseigneur.
DON JOSE. Pourquoi?
MARiiANA, liésilant. Pourquoi?...
DON JOSE. Je vous ai dit que vous ra'inléiossicz. .. vous pouvez vous fier à moi... Eh bien?... vous hésitez?
MARITANA. rardonii'.'Z-moi, monseigneur; maisjesuis orpheline, trop pauvre pour avoir des amis, et il y a si longiempsque j'ai perdu ma mère, que mon cœur ne sait plus confier à per.sotMie ses joies et ses douleurs.
DON JOSE. Et d'où vient que mon quadruple vons attriste de la sorte?
MAR-iTANA. Parce que... parce que c'est trop...- ou pas assez.
DON JOSE. Comment?
MARITANA. Lorsque j'étais enfant, ceux que mes chansons importunaient me jetaient quelque petite monnaie pour se débarrasser de moi... Maintenant, que je suis femme, on ne me renvoie plus, on m'écoute... On ne m'écoute pas seulement, on me regarde... On ne me jette plus dédaigneusement un maravédis. . on m'offre des réaux, et quelquefois de l'or ! •
DON JOSE. Eh bien ?
DON r;r;sAR de b\zan.
MABlTANA. Eh bien ! cet or, monseigneur, a chassé de mon âme la paix et la sércniié... Fnfant, j'étais heureuse, quand j'avais le pain du jour et le pain du lendemain... A présent, je fiis des rêves d'ambition et d'orgueil... Ces pièces d'or qu'on me donne, je les compte chaque soir, et je me désespère en songeant conjbien il en faudrait encore pour payer de riches parures , des joyaux, des pierreries, lout ce que je rêve enfin !
Air de la Reine d'un jour.
Des chevaux, des valets, Un carrosse, un palais, Des habits de duchesse Éclatants de ricliesse.
C'est cela que je veux, Oui, voilà tous mes vreux 1 Ueaux trésors, biens si doux , Ah ! quand donc viendrez-vous; A vouss(uls je prétonds, Et voiià si longtemps.
Si longtemps.
Que je rêve et que j'attends 1
Qnand passe une comtesse,
En beaux habits de cour,
.le dis avec tristesse :
Quand donc viendra mon tour?
Mais bientût dans l'espace
En vain mon reil la suit...
Ce char doré qui passe.
C'est mon rûve qui fuitl
Beau carrosse et doux r^^ve.
Qu'un seul instant m'enlève,
Chaque nuit, chaque jour,
J'attends votre retour 1...
Des chevaux, des valets, etc. (i).
DON JOSE, àpart. Ambitieuse et coquette ! c'est bien.
MARITANA. Vous riez de ma folie, u'est-il pas vrai, nxjuscigneur?.. .
DON JOSE. Moi!... non pas, je vous jure... .le pense menu- (juc tous vos beaux rêves pourraient bien s'accomplir un jour.
MAIUTANA. Vous croyez me surprendre ou me flatter en me disant cela... vous vous trompez, monseigneur.
DON JOSE. Vraiment?
MAIUTANA. Oui , j'ai comme un vague pressentiment... comme une .secrète ('s[)érance. .. Et puis, on s'occupe de moi, on p;irl(> de moi dansiMadrid... Des personnes du [)lus haut rang... et il en est une... plus |)uissanle et plus élevée que les autres...
DON JOSE, à part, frapfic (le suifirixe. Le roi! ( Haut. ) De (|ui donc parlez-vous?...
MAIUTANA. Delà reine!
DON JOSE, surpris. La...
MAIUTANA. La reine, tpii pinsieijrs fois a fait arrêter son carrosse pour m'eniendre
(i) Voir les Variantes à la fin dv la |iii.'ri'.
chanter, qui a daigné jeter sur moi un regard plein de compassion et de bienveillance, qui a souri à u)es chansons joyeuses, a pleuré à mes ballades plaintives... ( Avec fierté). Oui, monseigneur, j'ai fait pleurer la reine! ...
CRIS AU DtHORS. Vive la reine !...
MARITANA, virement. C'est elle!... qui revient de l'église de la Visitation!... Je cours me placer sur sou passage... Je ferai peul-êire encore couler une de ses précieuses larmes!... Etvoyez-vous, mon.^^eigneur, tout ambitieuse que je suis , j'aime encore mieux cette aumône-là que la vôtre !
DON JOSE. Au revoir, la belle Maritana !
Elle sort.
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