‹ ThéâtreChapitre 884 sur 971 · DON CÉSAR, LAZARILLE · texte numérisé non relu

DON CÉSAR, LAZARILLE

Don César est à demi couché et dort. Lazarille est debout près de lui.

LAZARILLE. îe visagc triste et les yeux fixés sur don César. En vingt-quatre heure.*;, arrêté, jugé, condamné! [On entend sonner l'horloge.) Il n'a plus que deux heures à vivre!... et il dort!

Il lui prend la main.

DON CtSAfi, s' éveillant en sursaut. Heinl... qui m'éveille?... Ahl c'est toi, enfant... Maladroit ! lu viens d'interrompre le plus beau rêve... [Avec cxpamion.) Je rêvais que tous mes créanciers étaient pondus!

LAZARILLE. Quoi ! c'était...

DON CÉSAR. C'était délicieux!... Quelle heure esi-il? [Lazarille, sans répondre, lui montre le cadran placé à droite. ) Que cela ?. . j'ai encore deux heures d'avenir?... A ([uoi, diable! vais-je passer tout ce temps-là?... Lazarille !

LAZARILLE. MonseigHcur?

DON CÉSAR. Si tu étais condamné 5 mourir, et que tu eusses encore deux heures devant toi, h quoi les emploierais-iu?

LAZARILLE. A mc coufesscr de mes péchés, monseigneur.

DON CÉSAR. Deux heure.s te suffiraient?... {A part.) i'j'c^l si jeune! (Haut.) Moi, je ne sais pas trop si, vivant soixante ans, j'aurais P8KCX de !o, fçcondc partie de ma vie pour ra-

conter la première.. .Je ne me confesserai donc pas, ce serait trop long. .. Si je faisais mon testament?... Non, ce serait trop court. f5'e(alant et se prélassant.) Ah! j'ai largement et amplement vécu, tnoiî... j'ai épuisé, voistu, la coupe des voluptés terrestres!... J'ai aimé, j'ai bu, j'ai joué... J'ai été riche, et j'ai mangé ma fortune... sans faim, comme j'ai aimé des duchesses... sans amour... mais c'est si bon de gaspiller !... J'ai été gueux, et j'ai passé des journées à soupirer après une bonne grosse tranche de bœuf et une bonne grosse servante de posada... mais c'est si bon d'avoir bien faim !.. . Qu'est-ce que j'ai donc fait encore?... ma foi, tout... (IHant.) Et ils attendent que j'aie fini pour me dire : « Au nom du roi, don César, vous allez être mis à mort!.... » Triples bélîtres!... ha! ha! ha! LAZARILLE, se jetant à ses genoux. Et c'est pour moi, pour moi que vous allez mourir!

Il sanglote, en lui baisant les mains.

DON CÉSAR. Eh bien ? eh bien ? veux-tu ne pas pleurer?... regarde, tu as chiiïonué mes manchettes!

LAZARILLE, ai'ec rage. Et personne!... pas un ami... pas un paient, n'est allé tomber aux pieds de monseigneur le roi et demander votre grâce !

DON CÉSAR, sévèrement. Lazarille!... tu calomnies l'humanité! [Avec émution. ) Si fait, Lazarille; unhomme... un vieillard... s'est allé poster sur le passage du roi... s'i-sl jeté sous les roues du carrosse, sous les pieils'des mules.. . B tendu ses UKiiiis tr»mbiant«i, psn

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liant que des larmes éloquentes sillonnaient ion visage, et a crié à travers ses sanglots : . Grâce, grâce pour don César ! »

LAZARILLE, ttvec élan. z\h ! c'était le vieux comte de Bazan !.. . c'était votre père !

DON CÉSAR, froidement. C'était un de mes créanciers... Tu vois, Lazariile, qu'il y a cn- ;ore du bon chez les hommes.. . Et tiens, regarde... Aux jours de ma splendeur, j'avais Kjur convives et pour familiers tous les ducs ?t les marquis de la cour... hier encore, ma :nisère était escortée de tous les aventuriers ?t les spadassins de Madrid .. amis riches et amis pauvres, amis du palais et amis de la rue.. .Eh bien, vois comme ils m'aiment!... cf-la leur eût fait tant de peine de me voir ici, que pas un n'est venu.

DON JOSE, qui vient d'entrer. Excepté moi !

DON CÉSAR, se levant. Don José!

Sur un geste de don José, Lazariile sort.

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