ACTE TROISIÈME
Au palais du marquis de Montefior. Un pavillon d'été au milieu d'un jardin.
scèjNe première.
Une fête a lieu au palais du marquis de Montefior. Des danseurs exécutent un pas en présence de la comtesse de Bazan, qui est assise et entourée de jeunes cavaliers. —Don José, placé en face de la Maritana, a les yeux fixés sur elle. — Le marquis est au milieu d'un groupe , et reçoit des félicitations. — Des cavaliers et déjeunes dames se promènent au fond dans les allées du jardin,— Une musique lointaine et mystérieuse accompagne toute cette première scène.
UN DES JEUNES SEIGNEURS, qui entourent Marilaïia. La belle el joyeuse fête, senora!... ces danseuses, venues de Séville, ont une grâce et une souplesse qui enchantent... iN'est-ce pas, don Juan d'Alcazar?
UN AUTRE SEIGNEUR. Comment le saurais-je?... Puis-je regarder là-bas, quand la senora est ici?
;\iARnANA, qui rêvait. Pardon... vous disiez, monsieur le comte?...
Le jeune seigneur se penche et continue à lui parler bas.
UN CAVALIER, ttu morquis. Oui, d'honneur, marquis, dona Gazella est toujours jeune...
UN AUTRE. Et toujours belle.
LA MARQUISE , sHnclifiant. Ah ! messei-
gneurs
LE MARQUIS, à part, enchanté. Encore!... Tout le monde est du même avis... [Aux (leur cavaliers.) Mes chers amis, je vous attends demain à dîner... vous boirez encore de mon vieux vin d'Alicante.
DON JOSE, à lui-même, regardant Maritana. Rêveuse... préoccupée... c'est bien.
LE MARQUIS, s'ajjprochant de lui. Que regardez - vous donc là si attentivement, monseigneur?
DON JOSE. Je contemple et j'admire mon œuvre... la vôtre, marquis... car vous m'avez merveilleusement secondé... [La regardant toujours.) Comme la jeune fille s'est vite transformée en belle et noble dame!... comme la Maritana est vite devenue la comtesse de Bazan !. . . Et, chose étrange , ces façons , ce langage , que nous avons cru lui révéler, on aurait dit qu'elle les avait oubliés
et qu'elle s'en souvenait tout à coup Je
crois, Dieu me damne ! que c'est une distraction du destin qui l'avait jetée dans les carrefours de Madrid, et que nous lui avons rendu sa véritable place.
LE MARQUIS. Je crois... tout ce que vous croyez.
DON JOSE. Ce cher marquis!... il a un tact !,.. Comment gouvernez-vous les oiseaux de sa majesté?
LE MARQUIS. J'en suis fort content... ils produisent beaucoup.
DON JOSE. Grâce à vous, assurément..»
(Le marquis s'incline. Confidentiellement.) Le grand maître des petits chiens du cabinet se fait vieux... nous causerons de sa survivance.
LE MARQUIS. Ah! monseigneur ! . . . ce poste de confiance, à moi !. ..
DON JOSE. Vous en êtes tout à fait digne. [Bas, en lui montrant la marquise.) Mais, prenez garde... voilà deux jeunes cavaliers qui parlent de près à la marquise.. . Ah ! c'est qu'elle est toujours jeune et toujours belle.
Il s'éloigne.
LE MARQUIS, avcc joic. Lui aussi !
LA MARQUISE. Plaît-il?
DON JOSE, s approchant de Maritana.
Comme vous voilà songeuse, au milieu du bruit et du mouvement!... ne seriez-vous pas heureuse c'es plaisirs que le marquis réunit autour de vous?... Rien ne manque à cette fête...
LA MARITANA, à demi-voix et avec mélancolie. Non rien n'y manque, monseigneur... mais il y manque quelqu'un.
UN VALET, s' approchant de don José, et à demi-voix. Monseigneur... là. .. on attend...
DON JOSE, vivement. C'est bien ! (ifas, au marquis.) Eloignez tout ce monde.
LE MARQUIS. A l'iustant ! (£?^fltii.) Messieurs, une collation à la française, dans le goût si fin de la cour de Versailles, vous attend dans la grand'salle du palais.
DON JOSE, bas, à Maritana, avecintention. Il ne manquera personne à cette fête. [Bas, au marquis, en sortant.) Retenez ici la senora.
U sort. Tous les personnages muets se sont retirés. vwvvvwwwvwwaw\wvvww(vw\vvwwvwww(wvwvv%vw»A%*»