SCÈNE II
MARITANA, LAZARILLE.
LAZARILLE, avec effroï. Madame!... le voilà!... c'est lui!...
MARITANA. Oui, lui, don César...
LAZARILLE. Non , madame, non, c'est le roi!...
MARITANA. Le roi !. .. miséricorde!... Ne me quitte pas!...
LAZARILLE. S'il m'ordouoe de sortir?
MARITANA. Ne me quitte pas!...
LAZARILLE. Mais c'est le roi , madame!...
MARITANA. Oui, le roi , à qui tout obéit... Mon Dieu , vous n'avez donc pas pitié de moi!... mon Dieu, vous voulez donc que je succombe !...
LAZARILLE. Ilmoute!... ilirrive!...
MARITANA. Et tu vas me quitter?... [Lazarille baisse la tête.) Eh bien !... une arme, du moins!
Elle lui prend son poignard.
LAZARILLE, effrayé. Eh quoi!... vous oserez la tourner... contre luif...
MARITANA. Nou, coutremoi... car s'il est sans pitié... je ne me défendrai pas... je me tuerai I
DON CÉSAR DE BAZAN
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Les Mêmes , LE ROL
LE ROI , entrant , bas à Lazarille. Cet étranger, que j'ai laissé ici?...
LAZARILLE. Est parti presque aussitôt.
LE ROI. Qui était-il?... que renait-il faire dans cette maison ?
LAZARILLE. Chercher un refuge contre des alguazils qui le poursuivaient.
MARITANA, à part. Que peut-il lui dire ?
LE ROI , haut. Maintenant laisse-nous.
( Lazarille regarde Maritana et hésite. ) Eh bien?
MARITANA. Ohéissez à votre maître... au iiiieu... exécutez les ordres... de sa majesté Charles II.
LE ROL Que dit-elle?... (Lazarille sort.) Qui donc a osé me trahir ?. ..
MARITANA , avec amertume. Celui qvii vous a trahi, sire, je vais vous le faire connaître.
LE ROI. Parlez !
MARITANA. Cclui qui vous a trahi, c'est l'homme qui vous a conseillé une perfidie et un mensonge indignes d'un roi t
LE ROI. Madame!
MARITANA. C'est l'homme qui s'est joué du serment le plus saint, des liens les plus sacrés, et qui m'a dit, à moi : Maritana, voici \olre époux, voici le comte de Bazanl
LE ROI. Eh bien , puisqu'on vous a révélé mon rang et mou titre, je veux que vous sachiez la vérité tout entière!... je le veux... car celte couiiaiiito était un supplice, ce mensonge révoliait ma fierté, je rougissais de honiu sous ce masciue d'imposture!... Oui, je suis le roi... mais non plus ce roi timide et faible , qui laisse le pouvoir aux mains d'un ministre, et qui tremble devant une femme... Mon pouvoir , je l'emploierai pour briser quiconque voudrait t'arracher de mes bras !
MARITANA. Grand Dieu!
LE ROI. Car, depuis que je te connais, Maritana , j'ai senti naître en moi une volonté Impérieuse et forte , grande et indomptable, comme l'amour que tu m'inspires... et j'ai juré que tu serais à moi !
MARITANA , t' éloignant. Oh ! laissezmoi!... laissez-moi, je vous en conjure!...
LE ROI. Maritana , je t'aime !... et c'est la première fois que ce feu dévorant brûle mon âme... c'est la première fois qu'une parole d'amour s'échappe de mes lèvres !
MARITANA. Sire, vous aurez compasiondc moi... vous me Lisserez seule ici... Ohlje vous bénirai... si vous consentez à partir! ..
LE ROI. Partir, quand je te vois sans té-
moins , quand je te parle sans contrainte!... quand il est venu, enfin, ce jour que j'appelais de tous mes vœux !
MARITANA. Oh! VOUS entendrez ma voix, vous aurez pitié de mes pleurs!...
LE ROI. Un délire comme le mien ne se calme pas avec une parole... un feu comme celui qui me dévore ne s'éteint pas avec une larme!...
MARITANA. Arrêtez, sire! {Montrant h poignard. ) lin pas de plus , et vous m'aurez tuée!...
LE ROI, s' arrêtant. Mais c'est donc de l'horreur que je vous inspire ?
MARITANA. Non !... je ne vous hais pas , sire , mais j'appartiens à un autre...
LE ROI. Que dites-vous?
MARITANA. Uu autre, pour qui je saurai me garder chaste et pure.. . qui doit me retrouver digne de lui, ou rue retrouver morte !
LE ROL Mais quel est -il donc, cet homme ?
MARITANA. Cet homme, c'est mon mari, sire... C'est don César de Bazan...
LE ROI, allant à elle. Mais don César de Bazan est mort 1...
DON CÉSAR, entrant. Pas encore, sire!... puisque votre majesté a daigné lui faire grâce !
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