‹ ThéâtreChapitre 933 sur 971 · CHARLES, PATRICK · texte numérisé non relu

CHARLES, PATRICK

CHARLES. Me voici maintenant aux portes de l'abbaye de Durham... et je m'arrête... j'ai cette permission que j'ai obtenue avec tant de peine... et j'hésite à m'en servir... c'est (ju' Henriette m'a fait jurer par le Christ que j(! ne tenterais pas de la voir, là où je ne puis que me perdre...

PATRICK, l'examinant. Qnel est ce jeune homme?

Il se lève. »

CHARLES. Oh! je ne puis vivre dans le I doute alTreux de sa vie ou de sa inort. . . Elle verra tout mon amour dans mon imprudence... Entrons.

Il se dirige vers l'abbaye.

PATRICK. On n'entre pas là, jeune homme, CHARLES, s'arrèlant près de la porte et

i lui montrant son parchemin. Qn^ entre avec

: une ])ermission. '^

\ PATRICK. Une permission !... pard(m!.,. .

; un mot, de grâce...

LA SOEUR DU MULETIER

CHARLES, se rapprochant de lui. Que me veux-tu ?

PATRICK. Une permission, m'avez-votis ' dit. . . elle ne peu t i)as servir pour deux ?. . .

CHARLES. Non... pourquoi?

PATRICK. Parce que pour traverser les lazarets... je donnerais la moitié de ma vie... Oh! si vous vouliez. . . pour cette i)ermission. . . mon dévouement, mon sang... Vous qui avez pu l'obtenir, vous eu aurei une autre... et puis, vous êtes trop jeune pour ne pas craindre la mort que vous pourriez rencontrer.

CHARLES. Je le sais... mais toi?. ..

PATRICK. Oh! je dois braver la mt rt, moi, pour eiUrer dans ces nuirs.

CHARLES. Oui veux-tu donc chcfc^er?

PATRICK. Un homnu'.

CHARLES. Ton frère, ton ami?

PATRICK. Non pas, mon ennemi.

CHARLES. Que lui veux-tu si la peste te venge ?

P.VTRICK. Je crains qu'elle ne le tue.

CHARLES. P0Ur([U0i?

PATRICK. Parce que je veux qu'il vive pour me rendre ce ([u'il m'a volé.

CHARLES. Que t'a-t-il volé ?

PATRICK. iMon lils... mon seul espoir.

CHARLES. Ton lils!... (piand donc ?

PATRICK. Il y a prtNde\ingt ans.

CHAULES. Que ne l'as-tn réclamé plus tôt?

PATRICK. Je reviens d'un long exil.

CHARLES. Et celui (|ui t'a volé ton enfant est ici ?

PATRICK. Je l'e.spère !...

CHARLES. Et tu le reconnaîtrais?

PATRICK. J'en suis sûr...

CHARLES. Et si je te donnais cette permis- .sion, que fcrais-tu |)Our moi?

PATRICK. Tout, hors un crime.

CHARLES. KcoiUe , ce n'est pas la haine ([ui m'a guidé, moi, c'est l'inquiétude et l'amour, et (|uan(l j'ai vu piulir celle (pie j'aime pour ce pays de douleiu', elle m'a fait généreusemenl jurer siu' Dieu (pie je ne lu'appiocheiais pas d'elle dans ces dangereux asiles. Alais liiiil jomssesoni é(()ulé.s, huit jours et huil nuils sans sommeil, et ne pou\anl plus vivre, j'alljiis maïKpier à ma parole, (piandiu m'as rencontré: prendsdoiic celle pennission, œuvre de ma faiblesse.

PATRICK. Donnez, et que me commandezvous ?

CHARLES. De savoir |>our moi si elle soulTre, espi'ie, ou meurt... et (piand tu viendras me le dire, je te remercierai dans mon ivresse, ou dans mon (léses|)oir, cl nous serons (piilles, car tu m'auras iniruit et iciulii lidèle à mon sermeul.

PATRICK. Son nom?

CIIARLI'S. Henriette.

iMTiucK. Ceini de sou pf're?

CHARLES. Elle l'ignore.

PVTRICK. Son âge?

CHARLES. Dix-huit ans.

PATRICK. Où vous reverrai-je ?

CHARLES Ici; mais (hs-moi , .si tu allais mourir pour être entré là. . .

PATRICK. S'il en advenait ainsi, vous n'auriez i)as de reproches à vous faire, carje vous le jure, par la ruse ou la violence, j'y serais allé mourir pour mon compte... A l)ientôt...

CHARLES. A bientôt...

Patrick entre ilaris l'abbaye.

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