‹ ThéâtreChapitre 948 sur 971 · CATHERINE, HENRIETTE · texte numérisé non relu

CATHERINE, HENRIETTE

CATHERINE. Vous m'avez donc abandonnée, mon Dieu! vous qui sa\ez mon innocence ?

HEMUETTi:. rentrant. Il\ienl de partir... (i Catherine.) Dites-moi, ma sœm-, me pardonnerez-vous si je suis coupable d'une faute?

CATHERINE. De laquelle, mon enfant?

HENRIETTE. La curîosité. . . Oui, ma sœur. .. je suis bien curieuse de savoir ce que le duc a pu vous dire quand vous êtes restés seuls ensemble,

CATHERINE. Ce qu'il m'a dit?

HENRIETTE. Oui.

CATHERINE. Des choses, mon enfant, que je ne puis vous redire.

HENRIETTE. Vous m'cffravez... Vous j)leurez! Oh! ma sœur, vous avez donc oublié que ce jour doit être le plus beau de ma vie. . . l)emain, ma sœur, nous songerons à nos peines. . . mais aujourd'hui. , .

CHARLES, ouvrant la porte du fond. Henriette !...

HENRIETTE. Charles!... vous voilà donc enfin !

CHARLES. Oui, et Dieu veuille que j'arrive à temps. Le duc mou père est venu ici, n'estce pas?

HENRIETTE. Il vieut d'en sortii'...

CHARLES. Et tandis qu'il y était, vous n'avez reçu de ses mains^ ni joyaux ni breuvage?

HENRIETTE. Non... Pourquoi?

CHARLES. Mon père a juré qu'il nous désunirait... et il s'est peut-être déjà mis à l'œuvre pour y réussii- d'une façon infernale et certaine.

HENRIETTE. Laquelle?

CHARLES. Hier soir,de retourd'Edimbourg, j'allais entrer dans la chambre de mon i)ère, lorsque je l'entendis j)rononcer ces mots :

i'uisqu'elle est sortie vivante des lazarets

il faut que, la mort la frappe dans cette ville.

HENRIETTE. Que dites-vous?

CHARLES. Epouvanté, je m'arrêtai prêtant une oreille attentive... On prononça le nom d'Henriette... On parla de celte maison... de poisons subtils... de mort secrète... puis mon père et Dickson sortirent «'nsemble... Il me sembla qu'ils allaient commettre un crime sur ma fiancée... et comme je ne pouvais les devancer ici... je courus chez un savant médecin qui comprit mes terreurs, eu..

HENRlliTTi;. So\ez rassuré, noble ;nni , le poison (lu duc Jlobeil est desiiné à garantir de l'exécution pnbliipie une fi'inme <|ui esl maintenant à lùlimbourg, ei (pii a fait assassiner jadis le père de noti'e roi .Iac(iues.

CHARLES. Catherine Patrick?

HENRIETTE. Oui, c'est bien là son nom.

CHARLES. Catherine!.,. (.l/mrf.)Samère.

(//au^) Et le duc vent que cette femme nieinc par le poison?

HENUIETTE. H nous l'a dit tout à Ihem-e.

(;i!\RF,ES. Catherine !. .. :\Iais il faut enij)!clier cette épouvantable justice,,,. Si \ous saviez !...

' îir-niLTTE. Ouoi donc?

MAGASIN THÉÂTRAL

CHARLES. Quand la tombe pcul s'ouvrir , Hciirielte, il n'est pins de secret.

HENRIETTE. Eli bieU?

CHARLES. Catherine est votre mère!...

HEiXRiETTE. Ma mère!...

CATHERINE, à part. C'est ma fdle !...

CHARLES, à Henriette. M'ordonnez-vous maintenant de tenter son salut?

HENRIETTE. Allez!...

CATHERINE. Restez... il est trop tard... je viens de boire le poison du duc Robert!...

CHARLES. C'est elle !

HENRIETTE. Ma mère!...

Elle court se jeter dans ses bras.

CATHERINE. Oui, ta mère! et la preuve de son innocence est dans la bonté de Dieu, qui permet qu'elle puisse t'cmbrasser eu entrant dans la tomljc !

HENRIETTE, "précipitamment. Mais vous ne mourrez pas, ma mère ! Charles peut vous sauver.

CHARLES, lui donnant le contr€-poison.

Dieu soit loué !

- CATHERINE, lerepoussant.Kentendez-xous pas les dernières paroles du duc Robert : « Tout contre-poison ne ferait que prolonger la tortme. Cette maison est cernée... Catherine... et quand j'y enverrai les ensevelis- .scurs, qui accompagnent les trépassés, le bourreau sera sous cette fenêtre, avec ses cordes et son épée!...» Non, ne cherchez pas * à sauver celle qui veut s'éteindre... en vous bénissant tous les deux. . .

HENRIETTE. Mais, ma mère, vous n'avez plus le (h'oit de mourir, vous qui venez de me dire, Henriette, je suis ta mère. . . Prenez ! CATHERINE. Veux-tu douc que je sois traînée pai* les cheveux et meurtrie dans les rues, maintenant que je t'ai nommée ma fille !. . . Non . . . non. . . Dans ta chambre. . . j'ai vu l'hnage du Christ... Viens! c'est là que... je dois mourir !

Elle se dirige vers la droite.

HENRIETTE, à part. Oh! je ne la laisserai pas mourir!

CATHERINE. Mais dans tes bras!... Viens... que je le recommande à ce Dieu... qui me rappelle à lui...

Elle entre, soutenue par Henriette, dans la chambre à droite.

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