SCÈNE V
LA COMTESSE, seule.
Qu'a-t-il?... Pourquoi ce trouble? Chez qui va-t-il ce soir? Chez qui a-t-il été hier?... chez qui ira-t-il demain? (Éclatant.) C'est chez elle!... Elle l'a ressaisi!... Ces maudites ont des reprises d'empire si soudaines et si terribles ! . . . Que faire ? L'ange seul peut combattre le démon ! . ..
(Elle va à la table, reprend la plume.) J'achève ma lettre I « Venez
à quatre heures. Il faut que vous obteniez de lui une promesse, un sacrifice. Priez-le de ne plus retourner à l'hôtel de la rue de Ponthieu. Ce qu'est cet hôtel... quelle personne l'habite... ne me le demandez pas... Sachez... seulement!... » (Posant la plume.) C'est grave, ce que je fais là. Mêler directement cette jeune fille à de tels égarements! établir entre elle et mon fils une relation si intime ! Ma plume s'arrête malgré moi. (Elle se lève.) Ce que je viens d'écrire..., je l'avais pourtant déjà demandé vaguement à Suzanne... Mais il y a dans l'écriture quelque chose de matériel qui donne un corps à nos pensées ! Et pour la première fois..., une crainte..., un soupçon!... S'ils allaient s'aimer ! ... (Se moquant d'elle-même .) Je suis folle! . . . Suzanne est promise, dit-on, à l'élève de son père!... Elle l'aime puisqu'elle l'épouse... Elle ne peut donc pas aimer mon fils. Et, quant à Paul, puisque je redoute cette femme pour lui, je ne peux pas redouter Suzanne... (S'arrêtant.) N'importe ! je n'enverrai pas cette lettre!...
(Elle déchire la lettre.)