‹ Théâtre Avec préfaces (volume 2)Chapitre 159 sur 193 · SUZANNE, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

SUZANNE, LA COMTESSE

SUZANNE, Cherchant dans son suc.

Je l'ai mise, je crois, dans ce sac.

LA COMTESSE, allant résolument à elle.

Suzanne, il faut que vous voyiez mon fils!

SUZANNE

Je l'ai vu !

LA COMTESSE

Uue vous lui parliez !...

SUZANNE

De la rue de Ponthieu?... Je l'ai fait.

LA COMTESSE

Comment?... quand?...

Hier... avant le spectacle! Nous étions seuls!... j'ai abordé la question.

LA COMTESSE

Quoi! vous avez osé?...

SUZANNE

J'avais vu que vous le désiriez tant!...

LA COMTESSE

Mais qu'a-t-il dit?

SUZANNE

Il a dit!... il a dit!... Il a commencé par bondir sur sa chaise; mais enfin, il m'a promis!...

LA COMTESSE, avec un cri.

Promis? quoi?... Comment vous y êtes-vous prise?...

SUZANNE

Oh! bien doucement d'abord et de bien loin!... Quoi-

que je ne sois point craintive, j'avais un peu peur!... d'autant plus que ce que j'avais à obtenir de lui était un mystère pour moi... puisque vous n'avez pas voulu m'expliquer...

LA COMTESSE

Je vous l'expliquerai, continuez!

SUZANNE

J'ai donc commencé par le remercier de tout ce qu'il a fait pour moi ou à ma prière!... je lui ai fait de grands compliments sur son humeur moins sombre... Alors, l'expression de son visage m'enhardissant, poussée par ma propre émotion... par votre souvenir... je lui dis : « Eh bien, monsieur Paul, j'ai un nouveau sacrifice à vous demander... — Lequel?... — Ma prière va peutêtre vous paraître indiscrète, mais elle ne sort pas seulement de ma bouche... C'est votre mère qui parle avec moi. Promettez-moi de ne plus aller rue de Ponthieu. » A ce mot, il se leva avec une violence qui m'effraya, il devint tout pâle... Puis, d'une voix tremblante : « Rue de Ponthieu! c'est vous qui me parlez de la rue de Ponthieu! — Ne m'interrompez pas, lui ai-je dit; car j'ignore moi-même ce que je vous demande; mais ce que je sais... c'est que j'ai vu pleurer votre mère, et que, si vous me faites cette promesse, votre mère et moi nous vous bénirons. » Il a gardé un moment le silence... une grande agitation se montrait sur ses traits; puis il m'a pris la main et m'a dit : « Vous êtes un ange! » Il me semble que cela voulait dire oui.

LA COMTESSE, l'embrassant avec etfusion.

Oh! que je vous aime!...

SUZANNE, gaiement.

Eh bien, maintenant, pour ma récompense, je voudrais bien savoir ce que c'est que cette terrible rue de Ponthieu?..

LA COMTESSE

Plus tard! plus tard! vous saurez tout! Je vous rends à Edith!

SUZANNE

Toujours à ce soir, n'est-ce pas?

LA COMTESSE

A ce soir!

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