A MIRÉ
Eh bien ! c'est rue Belle-Chasse, 46, je crois? •«
FERNAND, vivement.
Hue Belle-Chasse, 46?... Il y a six semaines ?
ANDRÉ
Oui! on m'a même dit le jour. C'était le 6 juin.
FERNAND, vivement.
Le 6 juin !
ANDRÉ
Est-ce que vous connaissez l'histoire?
FERNAND, se contenant.
Non; la maison seulement. Qu'est-il arrivé?
ANDR É
11 paraît qu'il y logeait une femme séparée, c'est-à-dire remariée.
FERNAND
Comment?
ANDRÉ
Il y avait ce jour-là un bal dans la maison, au rez-dechaussée. Elle y conduit son fils, puis au bout d'un moment s'éclipse et remonte chez elle, où son amant l'attendait.
FERNAND, avec indignation .
C'est une calomnie infâme !
ANDRÉ
Attendez donc '....voilà le comique. Le mari arrive avec un commissaire de police.
FERNAND, avec un cri.
Un commissaire de police! (Se contenant.) Qui vous a conté ■cette fable?...
ANDRÉ
Ah çà!... mais qu'avez-vous?... Vous voilà tout tremblant.
FERNAND
Non!... Qui vous a conté cette fable?
ANDRÉ
La comtesse d'Orville, qui la tenait, je crois, de votre père!...
FERNAND
De mon père!
ANDRÉ
Ou plutôt d'un des élégants de la plage.
FERNAND
Ah! Et elle ne vous a pas dit le nom de cette dame?
Non, elle ne le sait pas; mais il paraît que le héros de l'aventure est un des baigneurs de Trouville, un monsieur Clavel.
FERNAND, avec un cri.
Monsieur Clavel !
ANDRÉ, touché.
Mais, vraiment!... vous m'épouvantez!... Votre pâleur !... Vos lèvres tremblantes...
FERNAND
En effet... je ne me sens pas bien!...
ANDRÉ
Voulez-vous que j'appelle!...
FERNAND
Non! j'aime mieux être seul! j'ai besoin d'être seul... Laissez-moi, mon ami!
AN Dit H.
Vous laisser dans un pareil état! jamais !
FERNAND
Je vous en prie... je me remettrai mieux... s'il n'y a personne autour de moi !... Voulez-vous? Merci !
ANDRÉ
Comme vous voudrez! (Apart, en s'en allant.) Pauvre garçon!... Il me fait mal. (il sort.)