‹ Théâtre Avec préfacesChapitre 101 sur 114 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

DUBREUIL, puis VALENTINE.

Va ! cours ! Je te prédis que tu ne seras rien I Ah ! ah !

VALENTlxNE, entrant.

Est-il parti ?

DUBREUIL

Viens sans crainte, ma chère !

VALENTINE

Vous pouvez vous vanter, vous, d'être un joli père ! Comment î mettre sa fille en pareil embarras I

DUBREUIL

Tant mieux I Ça l'a rendu plus fou !

VALENTINE

Soit I En tout cas, (ja ne l'a pas rendu plus triste : ma réponse L'a fait rire aux éclats.

Je crois bien : je t'annonce Oii'il te trouve, a-t-il dit, charmante en refusant.

VALENTINE

lia! ha!

DUBREUIL

Mais sais-tu bien ce qu'il fait à présent ? Ma chère, il est en train d*ache\ .t ta conquête En se faisant inscrire au Conseil. Quelle tôte ! Car je suis bien certain qu'il ne s'y rendra pas ! A peine dans la rue aura-t-il fait trois pas, Que le premier objet singulier ou frivole... Un chanteur... un tableau... Psitt I la tête s'euvole !

V A L E N T I \ E , avec dédain.

Rien do sur, de solide.

DUHHKUIL.

Et l'autre a tout cela; Jette seulement l'œil sur cette carte-Id !

Lisant la carte.

« Monsieur Vincent Dufournelle... Membre delaSoei» nationale du caoutchouc souple... Chevalier de l'ordre Saint-Christûdule... »

VALENTINE

Saint-Christo...

KUBREUIL.

Ghristodule.

Un nom assez bizarre.

DUBRi:iIL.

Peut-être ; mais, pour sûr, c'est un ordre bien rare, Car je n'en ai jamais entendu dire un mot...

Lisant la carte.

« Membre de la Société des zincs réunis. » Oh : c<unme voilà bien le mari qu'il te fauti

Ne te paraît-il pas bien ^^ave pour mon âge ?

DUBREUIL

Bien grave I... Mais tant mieux, enfant! Le mariage Est chose, vois-tu bien, sérieuse à l'user; On ne s'épouse pas afin de s'amuser.

VALENTINE

Oh bien ! je crois alors que monsieur Dufournelle...

DUBREUIL

Que lui reproches-tu ?

VALENTINE

Rien : une bagatelle, Peut-être... Mais je crains qu'il n'ait pas tous mes goûts.

DUBREUIL

Tes goûts d'art?... Qu'importe?

VALENTINE

Ah !... je croyais qu'entre époux L'union n'est jamais trop complète... trop tendre... Qu'il faut... Je ne sais pas comment me faire entendre, Qu'il faut... ne faire qu'un enfin, pour être heureux.

DUBREUIL

Si l'on ne faisait qu'un, à quoi bon être deux?... Et puis, je te connais, avec ton caractère Il te faut un mari que ton cœur considère.

VALENTINE

C'est vrai !

DUBREUIL

Qui prenne part dans le bien que tu fais... Dufournelle sera ton complice en bienfaits.

VALENTINE

Comment?

DUBREUIL

Tiens! vois Delmas; Delmas, ce jeune artiste Que ton frère aime tant... Si Dufournelle insiste Auprès du ministère, on s'intéresse à lui.

VALENTINE

Vous croyez ?

DUBREUIL

Qu'à moi-môme il mo faille un appui :

Il m'aidera. Pourquoi ? Parce qu'il compte, impose : Il faut être quelqu'un pour pouvoir quelque chose. De ton frère il sera lo guide, le soutien.

VA Li: MINE, vivement.

Kst-il vrai ?

nruRKUiL.

J'en réponds.

Après un moment de silence.

Je vais le voir. Eh bien ?

VALENTINE, après un moiuent fl'héi«itation.

Fais ce que tu voudras.

DUBREUIL

J'y cours !

11 sort.

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