SCÈNE X
Les Mêmes, OCTAVE.
OCTAVE, entrant vivement et l'arrêtant.
Pas encore, mon maître!
Il faut d'abord qu'ici je vous démasque!
MAURICE
Moi?
OCTAVE
J'ai vu Delmas!
MAURICE
Le peintre?
OCTAVE
Il m'a conté l'emploi De votre vie...
MAURICE, avec embarras.
Eh!
0 C T AVE, à Valentine.
Oui! Sais-lu bien sa conduite?
Tout le jour... il postule, intrijj^uo, sollicite, Assiège hommes d'État, de finance, de loi : Pour qui? Pour tout le monde... excepté pour lui.
Mouvement de Maurice.
VALENTINE, étonnée.
Un
Sous prétexte qu'ici Monsieur n'a rien à faire. De mille pauvres gens il est l'homme d'affaire.
Mais...
OCTAVK.
Un artiste est-il malheureux; il y court, Le relève s'il est abattu, le secourt S'il est pauvre...
MAURICE
Voilà qui vaut bien qu'on l'admire!
Quand on ne produit pas, il faut faire produire.
VALENTINE, avec émotion.
Un tel mot!... Mais pourquoi nous cacher?...
OCTAVE
Oh! pourquoi?
C'est un dissimulé; mais je compte sur toi, Et j'accours tout exprès pour te faire promettre Qu'ici même, ce soir, et sans en rien omettre, Tu raconteras tout à mon père !
VALENTINE
Ce soir...
Mais ce soir, comme moi, ne dois-tu pas le voi'**'
OCTAVE, avec émotion.
Ce soir... Non... je ne sais.
Qu'as-tu?
OCTAVE
Rien.
VALENTINE
Il me semble Que des pleurs dans tes yeux...
OCTAVE, essayant de sourire.
Des pleurs, moi?
VALENTINE
Ta main tremble Ohl j'en suis sûrel
OCTAYi:, gaiement.
Allons! tu vois tout!... Eh bien! oui.. Le regret de rester loin de vous aujourd'hui... Pour le jour de ta fête !
"VALENTINE, avec reproche.
Et vous, oublieux frère!...
OCTAVI-), avec tendresse.
Jamais tu ne me fus si présente et si chère.
Lui donnant un écrin.
Tiens... en voici la preuve !
VALENTINE, ouvrant Técrin.
Oh! quel cadeau charmant:
La belle montre antiquel... Un chef-d'œuvre, vraiment Mais, dis-moi, n'est-ce pas celle que ma grand'raère T'a léguée en mourant?
OCTAVE
Elle-même, ma chère.
VALENTINE
Tu devais la garder pour ta femme à venir.
OCTAVE, gaiement.
Je veux rester garçon.
VALENTINE, avec une importance comique.
Quoi! notre nom finir I Quelle idée as-tu là?
OCTAVE, avec tendresse.
Je n'en ai qu'une seule :
C'est, en parant ton cou du don de notre a'iculo, De pouvoir, chèie sœur, rapprocher un instant Ce que j'ai tant aimé de ce que j'aime tant!
VALENTINE, lui s.au tant au cou.
0 cher et tendre cœur!
OCTAVE, l'embrassant, puis avec effort.
Adieu, sœur!
Adieu, frère 1...
Saluant Maurice.
Monsieur...
A part, en s'éloignant.
Des pauvres gens il est l'homme d'affaire... Je n'y suis plus du tout!
Elle sort.