OÙ
MORÉAC.
Là OÙ on ne pourra pas le trouver. Vous n'avez vu aucun soldat rôder autour de la maison ?
LE JABDINIER.
Aucun.
MORÉAC.
Personne n'est entré dans le jardin?
LE JARDINIER
Personne.
MORÉAC.
Je respire. Pourvu qu'il ne commette pas d'imprudence î
LE JARDINIER
Quelle imprudence? Que craignez-vous?
MORÉAC, lui montrant un papier.
Ecoutez cette proclamation! (ii Ht.)
« Bressuire, 4 vendémiaire an III.
« Des connivences coupables se sont établies entre 1 habitants et les chouans qui nous assiègent. Tout sold de l'armée ennemie qui s'introduira dans la ville, et t<>ui habitant qui le recevra, seront fusillés.
« Signé : Le général commandant. >>
LE JARDINIER
Ah! je comprends! Mais pourquoi M. le comte a-t-il quitté le camp des assiégeants, et s'est-il introduit ici cette nuit?
MORÉAC
Il a cédé à un sentiment bien naturel. Il y a deux mois, à la prise de la ville par les républicains, je fus transporté, blessé et mourant, dans cette maison.
LE JARDINIER
Où la comtesse vous a sauvé par ses soins.
MORKAC.
Le comte n'avait pas pu remmener dans la retraite d. nos troupes; mais aujourd'hui, où il les a ramenées
ANNE DE KERVILER. i29
devant Bressuire, à la veille d'un assaut décisif, qui peul lui coûter la vie, il a voulu revoir la comtesse, et, cette nuit, se glissant à travers les avant-postes.
LE JARDINIER l'interrogeant.
Silence, Monsieur!... Ecoutez I Regardez I...
MORÉAC.
Qu'y a-t-il ?
LE JARDINIER
Trois soldats viennent de franchir la grille.
MORÉAC , allant à la fenêtre et regardant.
En effet !
LE JARDINIER, qui regarde avec lui.
Le commissaire du district, le sergent Lambert, les commande.
MORÉAC.
Qui ? Ce gros homme à mine réjouie ?
LE JARDINIER
Ne vous y fiez pas ! C'est un terri' le homme, avec son air goguenard.
MORÉAC
Du calme ! Ils n'ont peut-être que des soupçons. Répondez comme si vous ne saviez rien.
(Il se dirige vers la porte par où il est entré.) LE JARDINIER.
Vous partez?
MORÉAC.
Le temps de prévenir le comte.
LE JARDINIER, tremblant
C'est que cette affiche dit : Tout habitant qui sera convaincu...
MORÉAC.
N'ayez pas peur ! Je reviens, j'écoute, je suis là, et si quelque danger vous menaçait...
(Bruit de crosses.)
no roMKDIKS EN UN ACTE.
LK JARDIiMKR.
Je les entends.
MORÉAC, sortant.
Allons... du calme! Je reviens.
(Il disparaît par la petite porte. — La jiorte latérale qui est en face de cette petite porte s'ouvre, et l'on voit paraitre le sergent.)