SCENE VII
ANNE, MORÉAC.
Après avoir suivi du regard, et s'être assurée que le soldat est sur la terrasse, Anne redescend en scène tout éperdue, et allant à Moréac. Cette scène doit être dite avec mystère et k voix étouffée.
ANNE
Mais, c'est horrible !
MORÉAC.
Non! c'est heureux!
ANNE
Vous sacrifier une seconde fois! A peine échappé à la mort, bravée pour lui, vous offrir encore à sa place!
MORÉAC.
Tout ce que je demande, c'est que mon dévouement lui soit utile. Moi arrêté, il pourra s'échapper.
Mais, malheureux!
MORÉAC, avec un ^^lan contenu.
Ah! depuis que je l'ai revu, depuis que sa main a serré la mienne, ne comprenez-vous pas que j'ai besoin de disparaître dans un grand sacrifice?
ANNE
Mais moi! moi! accepter ce sacrifice, c'est m'en rendre complice! Me taire, c'est participer à votre mort.
MORÉAC.
Et parler, c'est le précipiter, lui, à la sienne I
ANNE, avec désespoir.
Taisez-vous! taisez-vous!
MORÉAC.
Tout à l'heure, vous-même, n'étiez-vous pas prêle à vous sacrifier pour nous deux?
ANNE
Oh! ce n'est pas la même chose! Vous savez bien que ce n'est pas la môme chose !
MORÉAC.
Par pitié! ne m'ôtez pas mon courage I
ANNE
Eh! où voulez-vous que j'en trouve pour vous en donner? (Passant à gauche.) 0 mou Dicu ! mou Dicu ! y a-t-il donc des êtres que vous prédestinez au rôle de -martyrs! Qu'avons-nous donc fait, vous et moi, pour tant souffrir? Quand, il y a quatre ans, j'ai vu votre père et le. mien nous refuser l'un à l'autre... nous arracher l'un à l'autre, j'ai cru que j'avais épuisé ce jour-là tout -ce qu'une âme humaine peut souffrir! Ce n'était rienl Quand je vous crus mort, je pleurai des larmes de sang! Ce n'était rien! Quand une tromperie maudite fit de moi la femme d'un autre, il me sembla avoir dépassé toutes les douleurs humaines! Ce n'était rien! Il fallait encore vous reperdre une seconde fois, assister à votre mort I être cause de votre mort !
(Elle tombe dans ses bras en sanglotant.) MOIiÉAC.
Amie! amie! Assez! de grâce! assez! Vous me déchirez
le cœur! Dites-vous que voilà la première fois que le ciel a pitié de nous!
ANNE
Pitié de nous?
MORÉAC, la prenant par les deux mains.
Oui! Osons regarder la vérité en face! Nous sommes sous le coup d'une nécessité implacable. Il faut que lui ou moi nous disparaissions aujourd'hui. Si nous survivions tous deux, lui et moi, que deviendrais-je? La séparation par la mort est bien affreuse, la séparation dans la vie le serait mille fois plus encore! Quel serait mon sort? Partir! Errer encore seul à travers le monde av votre souvenir attaché au cœur! Non! non! j'aime mieux mourir! Il vaut mieux que je meure, que je meure victime ! Cette mort expiatoire m'absoudra peut-être!
ANNE, apercevant Lambert.
Ciel! il revient!
MORKAC.
Du calme! Il m'apporte, j'espère, la seule grâce que je désire.
ANNE
Laquelle?
MORÉAC.
J'ai demandé un prêtre. Si je mourais la conscicneo encore chargée de ma faute, je mourrais en désespéré. Muni de ce pardon, je m'en irai presque avec joie... 11 me semblera que je vais vous attendre l