‹ Théâtre Avec préfacesChapitre 5 sur 114 · JULIE, MISS J'ACKSON, LE COLONEL · texte numérisé non relu

JULIE, MISS J'ACKSON, LE COLONEL

LE COLONEL, à la cantonade.

C'est bien dans ce salon, n'est-ce pas? Mille grâces, n'allez pas plus loin, (a part, entrant en scène.) Le coBur me bat.

Parcourant la chambre du regard.) Elle n'y est paS. (S' approchant do

Julie et de miss Jackson.) Pardon, Mesdames, on m'avait dit que madame la marquise...

JULIE, tout en travaillant.

Madame la marquise était ici il y a cinq minutes ; mais elle s'est enfuie en vous entendant annoncer, colonel.

LE COLONEL

Enfuie!

JULIE

Rassurez-vous I Pour mettre sans doute une autre coiffure en votre honneur...

LE COLONEL

Vous croyez?...

JULIE

Je l'espère!... Car, imaginez-vous qu'elle a la manio d'enfouir ses beaux cheveux sous le plus affreux bonnet!

LE COLONEL

Comment! elle met des bonnets!

JULIE

Je compte sur vous pour changer tout cela, colonel.

LE COLON El», la regardant.

Moi!... Mais ne me trompé-je pas? Ce regard... cette voix...

JULIE

M. le colonel de Saqueville ne me reconnaissait pas?

LE COLONEL

Julie! mademoiselle Julie!... (Avec émotion.) En vous entendant, en vous regardant... ces dix mortelles années ont disparu tout à coup... 11 semble que me voilà revenu à ce moment...

JULIE

Où vous m'emportiez dans vos bras à POpéra...

MISS JACKSON

Ob I miss Julia!... For shamel

JULIE

Calmez-vous, ma chère : j'avais huit ans... (Présentant miss Jackson au colonel.) Mlss Jacksou... moii Instltutrice. .. mon ange gardien... un ange bien occupé, allez!

LE COLONEL, la regardant avec affection.

Gomment! voilà cette belle jeune fille qui va être ma nièce I... car il n'y a pas à dire... j'aurai le droit de vous dire : ma nièce.., et même de vous embrasser... n'en déplaise à monsieur mon neveu...

JULIE

Oh! votre neveu! Savez-vous ce qu'il a de mieux.., votre neveu?... c'est son oncle!

LE COLONEL

Allons ! ne me gâtez pas !

JULIE

Vous m'avez tant gâtée, vous, quand j'étais enfant ! Vous faisiez peur à tout le monde avec vos longues moustaches... Moi...

LE COLONEL, riant.

Vous, vous me les tiriez !...

JULIE

C'est pourtant vrai !... C'est que vous arriviez toujours les poches pleines de dragées... de poupées.., et comme j'étais déjà gourmande et coquette... Demandez à miss Jackson qui m'a formée.

MISS JACKSON

Oh! miss Julia!

JULIE

Vous rappelez-vous que c'est par votre intervention que je suis allée à l'Opéra... avant l'âge... légal?

LE COLONEL, riant.

Oui ! et que vous vous êtes endormie avant la fin... et que je vous ai portée dans la voiture 1

JULIE

Voyez comme j'étais précoce! Eh bien, je m'endo! encore à l'Opéra; mais je n'ai plus de porteur patenté.

LE COLONEL

VA mon neveu?

JULIE

Colonel... regardez donc cette tapisserie... et admirez... N'ost-ce pas que j'ai acquis bien du talent?

LE COLONEL, regardant la tnpisserie.

Un verset du Coran... Mais qui vous a envoyé ce dessin ?

JULIE

C'est ma mère qui Ta fait venir d'Alger.

LE COLONEL, avec émotion.

Vraiment ?

JULIE

Imaginez-vous que depuis... depuis deux ans... depiiila mort de mon pauvre père... tout ici est à ,1a mod arabe ?

LE COLONEL, ému.

En vérité!

JULIE

Dessins arabes! Etoffes arabes! Vues arabes! Je ne sais pas si c'est en votre honneur... mais nous vivons ici comme les filles du désert... n'est-cepas, miss Jackson

Miss JACKSON.

Oh ! miss Julia!

JL LIK.

Ne faites pas : Oh miss Julia! Ce n'est pas shoking!... (Au coionoL) Voyons, colonel, puisque ma mère n'arrive pas encore, permeltoz-moi d'hériter d'elle, otasseyez-vnn»; ici! {S'inierromi.aut.) Savez-vous uue chosc bizarrc?

LE COLONEL

Page 1