‹ Théâtre Avec préfacesChapitre 66 sur 114 · PAIL · texte numérisé non relu

PAIL

Comment! Après!

MADAME CIIAMEROY.

Ouil après?

HENRIETTE

11 y a cert(|ibien d'autres rhnscs?

11 y a encore... la robe... (Jui est-ce qui vous a fabriqué

<'etle robe-là?

MADAME CHAMEROY.

C'est...

PAUL

C'est un meurtre! Une taille pareille dans ce corsage: Je vous adresserai à une personne admirable qui a beaucoup travaillé pour moi.

HENRIETTE

Une couturière?

PAUL

Oui! la reine des couturières!

HENRIETTE, riant.

Et elle a travaillé pour vous? ^

PAUL, embarrassé. ù^vL^ •

Pour moi! pour moi! je veux dire pour une^^cousine... une jeune cousine qu'elle a métamorphosée...

HENRIETTE

Nous verrons cela plus tard... Après?

PAUL

Après ?

HENRIETTE

Gela ne fait que commencer! Vous ne m'avez donné jusqu'ici que des conseils de coquetterie... Or, il ne suffit pas qu'une femme soit bien coiffée... bien habillée, pour plaire à un honnête homme et le rendre heureux!... Or, je veux que mon mari soit très heureux ; je veux qu'il m'aime de toutes les façons... avec ses yeux, avec son cœur et son esprit.

MADAME CHAMEROY, attendrie.

Est-elle gentille!

~ PAUL

Hé bien, Mademoiselle, M. de Vérac a une affection très profonde dans sa vie. Il adore sa mère, qui est un peu vieille, un peu infirme, et n'a plus guère que deux

plaisirs dans ce monde... entendre chanter et entendre lire! Avez-vous une jolie voix?

MADAME CUAMEROY.

Une voix superbe!... juste la mienne quand j'étais jeune.

PAUL

Maintenant, savez-vous jjr^^ ^

MADAME CUAMEROY, avec indignation.

Comment? si elle sait lire? Pour qui nous prenezvous?... Apprenez, Monsieur, que ma fille a été élevée dans la meilleure pension de Paris! et qu'elle suit encore maintenant un cours de littérature ! (EUe prend le livre qui est

sur la table.)

HENRIETTE

Monsieur demande comment je lis.

MADAME CHAMEROY.

Elle lit! elle lit!... comme elle parle!

PAUL

Ah! si c'était vrai!... Nous allons bien voir!... (Apercevant le livrft que tient madame Chameroy.) Qu'cst-Ce qUC CC livrC-

là? Lettres choisies de madame de Sévigné! Parfait! la passion de madame de Vérac. (ii ouvre le livre.) La lettre sur l'archevêque... Tenez. /

Comment! Lire tout haut?

PAUL

Oui!...

HENRIETTE

Devant vous?... Oh! vous me feriez, trop pcurl

PAUL

Il n'y a pas de quoi!... Allez!

HENRIETTE

Quoi!... Vous voulez?...

PAUL

Allons ! du courage ! Ê

HENRIETTE, elle prend le volume et lit enécolière, en pensionnaire, sans nuance et d'un train de poste.

L'archevêque de Reims revenait hier fort vite de Saint- Germain... C'était un tourbillon. Il croit bien être p^rand seigneur, mais ses gens le croient encore plus que lui. Ils passaient au travers de Nanterre, tral tra! traî Ils rencontrent un pauvre homme à cheval... Gare! gare!

MADAME CIIAMEROY, avoc enthousiasme.

Charmant! charmant! (a Paui.) Qu'est-ce que vous dites de cela? parlez franchement...

HENRIETTE

Oui! Parlez... franchement.

PAUL, gaîmcnt.

Franchement. . .Eh bien, je dis que ce n'est pas cela du touL

MADAME CHAMEROY.

Hein!

HENRIETTE

Comment?

PAUL

Pourquoi chanter en parlant? Pourquoi parler en galopant? Pourquoi cesser d'être vous-même?

HENRIETTE

Mais...

PAUL

Est-ce que vous diriez en causant : (Prenant son ton de pensionnaire.) « L'archcvôque de Rcims revenait hier fort vite de Saint-Germain... C'était un tourbillon. >;

HENRIETTE

Oh! non!

PAUL continuant toujours en l'imitant.

« Il croit être bien grand seigneur, mais ses gens le croient encore plus que lui!»

Comment! je suis si ridicule que cela?

PAUL, continuant à Timiier.

« Ils passaient par Nanterrc! tra, tra, tra!... Ils rencontrent un pauvre homme à cheval! gare! gare! gare!

HENRIETTE

Oh! assez! assez! c'est affreux! Mais que faut-il donc faire pour bien lire?

PAUL

Ah! ce n'est pas moi qui suis capable de vous rapprendre!... mais je connaisTin habile homme...

HENRIETTE

Je le prends!... Après?

PAUL

Comment! après?

HENRIETTE

Mais tout cela n'est encore que de l'agrément : il faut arriver au sérieux. ^ \

Au sérieux! mais nous y /sommes... (Montrant le livre.) avec cette charmante créature^que votre instinct vous a conduite à aimer. Elle vous montre qu'on peut être à la fois rieuse et sérieuse... Faite pour le monde et faite pour l'étude, carpelle lisait tout, s'intéressait à tout, s'occupait de tout, ae science sans être pédante, de poésie sans être bas-bleu, de métaphysique sans être ennuyeuse... et si vous ajoutez en outre qu'elle fut la plus honnête des femmes, la plus dévouée des amies, et la plus tendre des mères... tendre jusqu'à l'héroïsme, la pauvre femme!... car elle est morte en soignagt sa fille,

et d'avoir soigné sa tille. (Madame Chameroy essuie se» yeux.

Alors vous comprendrez que tous mes conseils se réduisent ;\ un seul! Vous voulez être une bonne femme et une charmante femme? Eh bien, voilà le modèle!...

Tâchez de lui ressembler!... Ah! bon Dieu! voilà que j'ai fait une conférence sur madame de Sévigné! Non, ma parole d'honneur I vous me faites faire des choses incroyables!

MADAME CHAMEROY, à part.

Il me plaît! Il me plaît! v

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