ISABELLE, LA MARQUISE
ISABELLE
0 ma mère! c'est Dieu qui vous amène... venez... Mais, que vois-je? comme votre visage est attristé!
LA MARQUISE
Ce n'est pas sans raison, Isabelle!
ISABELLE
Qu'avez-vous? Une nouvelle pénible?
Plus que pénible... douloureuse!
ISABKLLE.
Laquelle?
LA MARQUISE
Je sors de chez don Aguilar.
ISABELLE
Et il résiste?...
LA MARQUISE
Il ne résistait plus... il consentait!... Un coup iinin -mi est venu tout renverser.
ISABELLE
Quel coup?
LA MARQUISE
Une atteinte à ce qui touche le plus notre famille, au seul point où don Aguilar soit inflexible, ainsi que ninj... une atteinte à l'honneur de votre père!
ISABELLE
A l'honneur de mon père !
LA MARQUISE
Hier, a paru à Madrid un livre, remarquable par le talent et qui fait une grande sensation dans le mondp
politique. (Lui tendant le volume.) Le VOiCÎ. (Lisant.) Kévéiat'
historiques sur nos dernières campagnes. Dans ce livre se trouve un chapitre consacré à votre père, dans ce chapitre une imputation injurieuse.
ISABELLE
Injurieuse?., contre mon père !
LA MARQUISE, lui montrant le passage.
« Toute l'Espagne a célébré, dans le colonel Tordo\.i.
l'héroïque défenseur de la forteresse de Bogota. Serait-il vrai, comme nous en avons la preuve presque certaine, que le général des assiégeants a fait offrir au colonel :200,000 ducats d'or, et que la place se serait rendue le lendemain, auquel cas celte héroïque défense n'aurait été qu'une habile trahison. »
ISABELLE, avec un cri d'indignation.
Une trahison!.. (Se remettant.) Heureusement, si la calomnie est abominable, la justification estfacile. Mon père a en effet reçu cette offre du général ennemi, caril a répondu.
LA MARQUISE
Par écrit?
ISABELLE
Par écrit !... Il a répondu : « Il n'y a qu'un lâche capable de se vendre qui puisse proposer à un honnête homme de l'acheter I »
LA MARQUISE
Vous avez cette lettre?
ISABELLE
Non... mais je sais où est la lettre du général ennemi, et la réponse de mon père.
Où donc ?
ISABELLE
Aux archives de la guerre .