‹ Théatre. Avec une introdChapitre 156 sur 342 · EUGÈNE, LEROND, MADAME MUSARD, SOPHIE · texte numérisé non relu

EUGÈNE, LEROND, MADAME MUSARD, SOPHIE

LEROND, en enlrant.

Qu'il ne s'en aille pas, je remonte en voiture sur-lechamp. Me voilà. Bonjour Eugène. J'ai le temps de vous rendre compte de mes courses. Du fond de mon fiacre je viens d'apercevoir Musard lisant je ne sais quelle affiche au coin de la rue, sous son parapluie, car il commence à pleuvoir. Bonnes et mauvaises nouvelles. D'abord point de procès avec votre beau-frère ; il y a deux ans qu'il propose une transaction toute à votre avantage ; Musard l'a acceptée, mais il remet de jour en jour à envoyer sa procuration. Votre beau-frère ne voulait plaider que parce qu'il était excédé de ses éternelles remises. J'ai vu son avocat; il rédige la tran-. saction ; dans un quart d'heure, je l'apporte à Musard, et il faut espérer qu'il prendra sur lui de signer. Quant à la place que le jeune homme sollicitait, il faut y renoncer : d'hier matin elle est donnée à un concurrent, qui n'aurait rien obtenu si Musard avait répondu à vingt lettres qu'on lui a écrites, s'il avait songé à rendre mille petits services qu'on lui demandait, qu'il promettait et qu'il oubliait. Mais je projette pour toi, mon cher Eugène, quelque chose qui te dédommagera. J'ai vu M. Porlis, votre correspoudant ; il est furieux. Votre mari est ruiné, dit-il ; et lui-même, s'il ne rompt pas avec Musard, est obligé de manquer. Il y a un mois qu'il attend une rentrée considérable que votre mari doit lui faire, point de nouvelles. Ii dit que, depuis que Musard a renvoyé ce commis intelligent que j'ai pris chez moi, et dont je suis fort content, il est impossible qu'il termine uuc affaire.

iOe MONblEUH MUSAKD.

MADAMB MUSARU.

Eli! mais, mon mari m'a parlé en etlet d'une lettre de change de Irenle mille francs qu'il devait porter luimême à la poste il y a un mois. Âh! mon Dieu ! seraitelle égarée ?

LBROND.

Qu'il devait porter lui-même à la poste! il se sera amusé quelque part, et la lettre ne sera pas partie. Mais permettez, madame, j'ai coiyiu dans mes voyages un homme du caractère de Musard ; sa femme avait une excellente habitude ; tous les soirs elle visitait les poches de son mari, et par celte précaution elle lui épargné bien des malheurs.

M.VDAMB MUSARD.

Eh! mon Dieu! monsieur, j'y ai pensé plus d'ui fois : mai^ jf» n'ai jamais osé.

LBROND.

Beau scrupule avec un homme de ce caractère ! Songez donc que c'est pour lui rendre service ; cette lettre de change perdue I c'est peut-être le seul moyen de savoir ce qu'elle est devenue; je gage que nous trouvernns à Saint-On^ntin, ou ici même....

MADAME MUSARD

Eh! oui. vraiment, ici; il s'est amusé à enibaliei* tous ses habits, comme si nous devions rester huit mois à Paris ; et comme il ne souffre pas que son domestique y touche, parce qu'il passe une heure à les brosser luimême tous les matins....

LBROND.

Allons, allons, un peu de hardiesse; Tintention nous justifie; et d'ailleurs, en votre présence, en présence de son fils, il ne peut pas y avoir de mal.

MADAME MUSARD

El nous allons peut-être découvrir encore quelque nouveau malheur dont nous ne nous doutons pas.

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