‹ Théatre. Avec une introdChapitre 2 sur 342 · VI . INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI . INTRODUCTION

certes pas mal choisi. Le succès, toutefois, ne fut pas brillaut, l'inexpérience des auteurs était trop visible. La critique déclara seulement (ju'il y avait là des germes de talent qui méritaient d't^lre encouragés.

Picard réussit mieux deux ans après avec une comédie en trois actes et en prose, représentée su i le même théAtre, et intitulée : Encore des Mnterhmes (1791). Mais son premier grand succès, il le dut à un opéra-comique, les Visita h di nés /pué kVeyùc&u, le 7 juillet 1792. La musique de Devienne fut san doute pour beaucoup dans ce triomphe ; elle n'e pas encore oubliée; et les acteurs Martin et Juliet v contribuèrent aussi pour une bonne part. La gaiel»du livret n'en fut pas moins fort appréciée, et l'auteur put librement marcher désormais dans la voi ouverte devant lui. Il avait vingt-trois ans.

Le Conteur y'nil ensuite (1793) et acheva de fonder sa réputation. Pendant ces années de la crise révolutionnaire, Picard continua de donner, avec une fécondité qu'il devait garder toute sa vie, des pièces de tout genre, les unes étrangères aux passions politiques qui régnaient alors, les autres s'en ressentant plus ou moins. Parmi ces dernières, on peut citer : le Passé, le Présent et V Avenir, de 1791 ; /« Première Réquisition, de 1793, avec M. Lepitrc; la Prise de Toulon, de 1794. Charles Lemesle a publié, en 1832, un Yolnme d\i Théâtre républicain de Picard; encore n'est-ce qu'un choix bien restreint (1).

C'est à la même époque qu'il collal)ora avec

(1) Ce volume contient : 1" le Passé, le Présent et V Avenir' 2" Andros et Alniona ou les Français à Bassora, 3" la Prise de Toulon, 4° Rose et Aurèle, 5° V Écolier en vacances, 6° Ervand le bûcheron (drame en vers).

INTRODUCTlOxN. vu

Alexandre Duval, et qu'ils dounèreut ensemble les Huspects et la Vraie Bravoure.

Alexandre Duval s'était fait acteur en 1790. Il fut, avec ses camarades du théâtre du faubourg Saint- Germain, emprisonné, en septembre 1793, aux Madelonnettes; il en sortit avant eux, et dès les premiers jours de 1794, il rentra au Théâtre de la République. Est-ce son exemple qui engagea Picard à prendre le même parti. Il se fit acteur, et de 1797 à 1807, il joua lui-même dans la plupart de ses pièces. Il devint chef d'une troupe d'abord presque ambulante, tant elle changea souvent de théâtre. Enfin il ouvrit, le o mai 1801, son théâtre de la rue Louvois, qu'on appela « la Petite Maison de Thalie. »

Il était donc dans la même situation que Molière et Shakspeare. Il travaillait sur le théâtre. La composition se séparait à peine de la représentation. Il avait de la scène l'expérience entière. Il était en chair et en os en présence du parterre, soumettant tout son être à ce capricieux despote. Aucun effet ne pouvait lui échapper; aucune leçon ne pouvait lui manquer. C'est la situation où l'auteur comique est le plus favorablement placé pour faire jouer tous les ressorts de son art.

P*endaut cet espace de temps, les pièces qu'il enfante se succèdenl avec une rapidité singulière : citons : le Cousin de tout le monde (1793), les Conjectures (1795), les Amis de collège, ou V Homme oisif et l'artisan (1795), Médiocre et rampant ou le Moyen de parvenir (cinq actes envers, 1797), le Voyage interrompu (1798), les Comédiens amhulaiits (opéra-comique, 1798), V Entrée dans le monde (17^9), les Voisins (1799), le Collatéral ou la diligence à Joigiiy (1799), les Trop Maris (l^QQ), la

vi„ INTRODUCTION.

Petite Ville [\^^\), Duhautcours ou le Contrat d'union (1801), les Protinciaux à Paris (1802), le Mari ambitieux ou V Homme qui veut faire son chemin (1802), le Vieux Comédien [\^0^), Monsieur Musard ou Comme le temps passe {\%0'i)Jes Tracasserie ou Mo7meur et Madame Tatillon (1804).

Les représentalions de rOpéra-buiïii ilalicu avaient lieu deux fois la semaine dans la salle Louvois. En juillet 1804, rOpéra-bufTa fut mis sous la direction de Picard, et le théâtre prit le tilrc de théâtre de V Impératrice (1). La production de l'auteur-di recteur n'en fut point ralentie : il donna de 1804 à 1807 : VActe de naissance (1804), le Susceptible (1804), L'Intrigant et la Dupe ou Bertrand et Raton (1805), la Noce sans mariage (1805), les Filles à marir (1805), les Marionnettes ou un jeu de In Fortvn (1806), la Manie de briller (1806).

Le 15 janvier 1807, les Ricochets reooivriii n: accueil enthousiaste. Demandé à grands cris apn la pièce. Picard est forcé de reparaître. Un M. Villiers lui jette ce quatrain impromptu :

Au dialogue, à la manière Dont Picard traite ses aujets, On voit que du goût de Molière Il hérita ^Jar ricochetsl

Reprenons la suite de ses productions : V Influence des Perruques ou le Jeune Médecin (1807), le Mariage des deux grenadiers ou l'Auberge de Munich (pièce de circonstance en Thonneur de la paix, 1807), VAmi de tout le monde {\S01). ♦

(1) La subvention annuelle de l'Opéra italien fut de 120.000 fr. Tous les ans, le théâtre Louvois se trouva compris au bud^^et des théâtres pour une somme de 10,000 fr. par mois.

LNTRODUCTION. ix

En marg 1807, Picard cesse d'être comédien. Il est reçu de l'Institut, en remplacement de Dureau de la Malle, en même temps que Laujon et Raynouard. Par décret du 1^'" novembre, il est nommé directeur et président du conseil d'administration de l'Opéra; ses travaux littéraires s'accommodent moins de ces nouvelles fonctions que des précédentes.

Les Capitulations de conscience furent jouées le 7 juin 1809; les Oisifs, an octobre de la même année; r Alcade de Molorido, en janvier 1810 ; Un lendemain de fortune ou les Emharras du bonheur, la Vieille Tante ou les Collatéraux, le Café du Printemps, en 1811.

L'année 1812 et les suivantes sont stériles : « que voulez-vous? écrivait Picard en septembre 1812 à son ami le comte Daru alors engagé dans la campagne de Russie, que voulez-vous? Au moment où je vais commencer une scène, une danseuse vient me demander un pantalon, des souliers bl-odés, ou une jupe de crêpe, quoique nos règlements proscrivent le crêpe : un chanteur me fait dire qu'il est enrhumé, et il faut ou le menacer ou le flatter, si je ne veux pas que Paris manque d'opéra. Ah! mon cher et digne ami, qu'il y a loin de là à la comédie! que je regrette mon petit théâtre î »

Picard, ayant perdu sa femme le 8 septembre 181 o, donna sa démission de directeur de l'Opéra, et fut remplacé par Choron; le 1*"'' novembre, il fut, selon son désir, renommé directeur de POdéon, à la place d'Alexandre Duval. L'ordonnance royale du 2 novembre met ce théâtre sous l'autorité du ministre de la Maison du roi. Le théâtre a une subvention annuelle de 27,000 francs, y compris 6,000 francs pour le payement de la loge réservée au roi. Picard

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