‹ Théatre. Avec une introdChapitre 215 sur 342 · MADAME FLORIDOR, FLORIDOR · texte numérisé non relu

MADAME FLORIDOR, FLORIDOR

Mais^ madame Floridor*..;

MADAME FLORIDOR i

Mais, monsieur Floridor....

FLORIDOR

Poiir une femme qui, pendant vingt ans de sa vie, a joué les amoureuses et les ingénuités, c'est avoir Thu* meur bien revêche et bien acariâtre.

MADAME FLORIDOR

Pour un homme qui, pendant trente ans, a joué les valets et les intrigants, c'est être bien crédule, bien faible et bien complaisant.

FLORIDOR

Tiens, ma bonne amie, tu fais tout ce que tu peux pour paraître méchante ; mais, au fondj tu es une bonne femme.

MAOAMB FLORIDOR.

C'est VOUS qui, bieu évidemment, êtes un bon homme et un très-bon homme : vous avez fait de belle besogne pendant les quinze jours que je viens de passer à la campagne ; j'arrive, et il n'est question d'autre chose dans toute la ville de Senlis. Gomment, monsieur Floridor, vous qui êtes aimé, considéré, reçu dans les meilleures maisons; qui menez, au sein du plus heureux ménage, une vie exemplaire ; qui jouissez honorablement d'une fortune acquise par l'exercice de votre art ; recevoir, accueillir un petit libertin, un petit mauvais sujet qui s'est rendu couimble d'un enlèvement I car, vous en direz tout ce que vous voudrez, c'est un enlèvement. Dans les drames et les comédies que nous avons joués tous les deux autrefois, c'est fort bien; mais hors de la scène, c'est fort mal : et, pour comble de scandale, loger chez vous la victime intéressante, une petite folle, une petite inconséquente, pour ne pas dire quelque chose de pis 1 car enfin une fille qui abandonne ses parents, pour suivre un ravisseur, ne mérite-t-elle pas ?... Vou* avez raison, je suis bonne, douce, indulgente ; mais, sur mon âme, il y a là de quoi révolter, et cela me révolte.

FLORIDOR

Mais, d'abord, ma femme, il n'y a pas d'enlèvement dans tout ceci : la jeune personne est arrivée toute seule par la diligence ; le jeune homme est venu de son côté à pied et son petit bageige sur son dos. J'étais à la ré^ pétition, à donner les traditions du baron d'Albikrac à cette troupe de comédiens qui est venue pour la foire : on vient me dire qu'une jeune demoiselle demande à parler à son cousin le comédien. Vous savez que, quoique je ne joue plus la comédie, je ne suis connu que sous ce nom-là, dans la famille et dans la ville. Je vois une petite personne d'une mine assez éveillée ; mais, les yeux baissés, rougissant, hésitant, et d'une voix tremblante, me disant qu'elle est enchantée de faire ma connaissance ; qu'Auguste et elle n'ont plus de ressource

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