‹ Théatre. Avec une introdChapitre 216 sur 342 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

qu'en moi; qu'Auguste doit arriver le lendemain; qu'il faut que je les marie malgré leurs parents, et qu'en attendant, il faut que je les cache tous les deux chez moi; que j'ai la réputation d'un galant homme, et que ma phj'sionomie ne dément pas la bonne opinion qu'elle avait de moi. Comment diable voulez-vous qu'on résiste, madame Floridor? Après les avoir bien grondés, j'ai envoyé le pedt cousin à l'auberge, où, à la vérité, je paye tous les repas qu'il ne prend pas chez moi ; et j'ai gardé à la maison la petite cousine, que vous trouverez en effet très-intéressante. En bonne conscience, pouvais-je fermer ma porte à deux parents, et deux parents très-proches? puisque Auguste est fils de M. Dumont de ■ Morinville, mon cousin, Taigle du barreau de Brive-la- Gaillarde ; et que Lise est fille de M. Dumont de Florangeac, son frère, le médecin le plus actif de tout le Limousin.

MADAME FLORIDOR

Et c'est précisément parce qu'ils sont vos parents que vous deviez être sévère, intraitable, inflexible, d'abord pour les bonnes mœurs, et ensuite pour la rancune que vous devez garder à toute votre famille. Lorsqu'il y a quarante ans, entraîné par votre talent (car vous aviez un vrai talent, monsieur Floridor), vous vous livrâtes à la comédie; comment se conduisit avec vous toute cette famille ? à l'exception, cependant, de votre frère l'armateur, à qui je rends justice. On vous accabla d'affronts, de mauvais traitements, de persécutions; les procès, les chicanes, les lettres de cachet (ju'on eut le crédit d'cbtenir ; les tentatives pour vous faire déshériter par votre père ; les cabales pour vous faire siffler : voilà les exploits de vos chers parents, qui vous maudissaient, qui refusaient constamment de vous voir ; et quels étaient les plus acharnés après vous? Ce monsieur Morinville, l'avocat, et ce M. Florangeac, le médcein, que je ne connais pas, que je n'ai jamais vus, et que j'espère bien ne voir jamais. Depuis, vous avez lait fortune; vous avez u 17

quitté la comédie : point de démarches qu'ils u'aiuni tentées pour se réconcilier avec vous. Vous avez eu I fierté de ne vouloir rien entendre; c'est bien. Outi»d j suis pauvre, vous me reniez; quand je suis riche, vou me recherchez. Fi donc I il faut du caractère ; vous en avez eu jusqu'ici : pourquoi donc en manquez-vou'^ aujourd'hui, monsieur Floridor?

PLORIDÛR.

C'est qu'ils se conduisent précisément avec ces pauvri jeunes gens comme ils se sont conduits avec moi. Auguste et Lise s'aiment depuis leur enfance; leurs pères, qui ne sont pas riches, se sont brouillés pour les limites d'un pré; depuis ce temps-là, le médecin dit dans toutes les sociétés que son frère l'avocat est un chicaneur : l'avocat prétend que son frère le médecin a tué plus de malades qu'il n'a ruiné de clients. Les mauvais procédés ! cela se pardonne ; mais les mauvais propos 1 cela ne s'oublie pas. Les voilà donc irréconciliables : les pauvres enfants en souffrent, comme j'aurais souffert, dans le temps, de leur inimitié, si j'avais eu besoin d'eux.

MADAMB FLORIDOR.

Et vous voulez vous mêler de tout cela ? Laissez tous ces mauvais parents se disputer entre eux. Les enfants ne valent pas mieux que les pères, je le parierais. Nous ne nous disputons pas, nous autres : nous nous sommes adorés, tant que nous avons été jeunes ; nous nous aimons depuis que nous ne le sommes plus. Voulez-vous conserver la paix dans voire ménage? renvoyez -moi bien vite, comme ils sont venus, ce petit vaurien et cette petite étourdie. Quelques louis dans la poche aux enfants; une bonne lettre d'avis, bien sèche et bien piquante aux parents, où vous leur ferez sentir qu'il y a moins de mal à jouer la comédie qu'à laisser échapper ses enfants de chez soi. ^

SCfclNE 11. ^Jl

FLORIDOR

Allons, pour avoir la paix.... tu sais bien que je fais toujours ce que tu veux ; mais charge-toi de leur annoncer leui' départ; je n'en aurais pas le courage.

MADAME FLORIDOR

Oli bien! je Taurai, moi; laisse-moi faire. Beaucoup d'homiêteté,, beaucoup de politesse, .mais ferme et sévère; tu vas voir.

FLORIDOR

Tiens, justement, voilà Lise.

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