SCÈNE XIL MORINYILLE, FLORANGEAG
FLORANGEAG, du dehors.
Je VOUS dis qu'il faut la faire saigner sur-le-champ.
MORINVILLE.
N'est-ce pas la voix de mon frère que j'entends?
FLORANGEAG, entrant.
Mais quel bonheur qu'un médecin se soit trouvé là
3(W LE VIEUX COMEDIEiN.
tout à propos. Il semble que cette bonne femme ait attendu exprès, pour tomber en paralysie, que je descendisse de mon cheval.
MOBINVJLLB.
Ah! vous voilà, mon frère?
PLORANOBAC.
(Test vous, mon frère?
MORINVILI.B.
Enchanté de vous voir.
PI.ORANOBAG.
Ravi de vous rencontrer.
MORINVILLB.
Vous venex pour le testament du cousin ?
PLORANOBAC.
Soyez franc; c'est ce motif qui vous amène. Moi je viens consoler une veuve respectable.
MORINVILLB.
J'ai le même but, mon frère; mais je viens aussi pour emmener mon libertin de lils.
PLORANOBAC.
Un joli trorçon que votre fils! enlever sa cousine!
MORINVILLB.
Laissons cela, mon frère. Grâce à la prudence do M. Dorval et de la veuve, notre cousine, nos enfants ont été séparés dès leur arrivée. Nous terminerons avec eux quand nous aurons pris connaissance du testament. Ce pauvre cousin Floridor? après toute la rancune qu'il nous a conservée pendant sa vie, c'est bien aimable à lui d'avoir sonçré à nous !
FLORANOKAC.
Certainement. C'est bien ce qui prouve combien
SCLINE Xil. 309
on a eu tort, dans le temps, de le persécuter, de le tourmenter.
MORINVILLE.
Oserez-vous soutenir que ce n'est pas vous qui avez été le moteur, Finsligateur de tous les chagrins qu'on lui a causés?
FLORANGEAG.
Moi ! c'est vous plutôt. îs'êtes-vous pas l'aîné, le chef de la famille ? n'est-ce pas vous qui, par vos belles phrases, montiez la te le à tout le monde ?
MORIN VILLE
Dites donc que, comme chef de famille, car je le suis en effet, j'étais obligé de me montrer, de paraître; tandis que les autres employaient des menées sourdes, des petites manœuvres. Mais je gémissais tout bas de ce qu'on me faisait faire. Moi, moi ? grand Dieu ! blâmer mon cousin Floridor de jouer la comédie! moi, qui ai une passion de comédie ; moi, qui ai fait la moitié d'un premier acte : car, Dieu merci, on sait que les avocats sont des gens de lettres.
FLORANGEAC.
Je me flatte que les médecins sont autant littérateurs que les avocats.
MORINVILLE.
]i.i moi je me flatte que le cousin Floridor aura toujours su me distinguer du reste de la famille.
FLORANGEAC.
C'est ce que nous ne tarderons pas à savoir. J"entends quelqu'un; c'est problablement M. Dorval, l'homme de loi.