INTRODUCTION. XV
Les Deux Ménages^ au contraire, ont été remis dernièrement à la scène ; la Comédie française continue de les donner de temps en temps, et on les revoit encore avec beaucoup de plaisir. Voici la distribution actuelle (avril 1877) :
Dorsay MM. Proudhon.
Bourdeuil Joumard.
M'"« Bourdeuil M'»cs Broisat.
M'"*" Hippolyle P. Granger.
M'"e Montalan Lloyd.
;^fmc Dorsav Bianca.
Enfin nous avous donné place dans ce volume à l'opéra-comique qui commença la réputation de Picard, les Visîtandines. Cet opéra-comique est resté au répertoire, tant pour la valeur du livret que pour celle de la musique. On en entend encore parler souvent, et il aurait pu arriver à plus d'un lecteur d'être déçu, s'il lavait cherché dans notro recueil sans Ty trouver. C'est, d'ailleurs, un spécimen assez inofîensif de ces pièces où, pendant la Révolution, l'on mit en scène des religieux et des nonnes.
Nous n'avons reproduit aucune comédie en vers. Picard a beaucoup plus vieilli en vers qu'en prose.
Le texte que nous suivons fidèlement est celui donné par l'auteur dans l'édition en 10 volumes, de 1821 . Les Deux Ménages, joués en 1822, ne sont pas dans ces dix volumes; c'est pourquoi ils n'ont pas de préface de l'auteur. Nous nous conformons pour
xv[ INTRODUCTION.
celte pièce au texte de l'éditiou originale pn])li«''o à Paris, chez J.-N. Barba, en 1822.
De chacune de ces comédies nous avons eu soin de nous procurer les éditions originales, afin d'indiquer ce qui n'est pas dans l'édition de 1821,1e théâtre où elles parurent pour la première fois, et les acteurs qui créèrent les rôles.
Louis Moland.
COMÉDIE EN UN ACTE ET EN PROSE
Représentée pour la première fois, à Paris^
sur le théâtre de Sa Majesté l'Impératrice^
le 15 Jancier 1807.
Il n'y a qu à dépeindre la dépendance sous la figure d'une espèce d'échelle. Par exemple, le postillon, ou quelque autre petit garçon dont les grandes maisons sont toujours pouvues, se lève do bon malin pour décrotter le laquais; celui-ci rend le devoir à monsieur le valet de chambre ; le valet de chambre habille son maître, souvent à la hâte, afin qu'il aille faire la cour à mylord ; mylord se dépêche pour ôtre au lever du ministre, et le ministre pour se rendre auprès du prince.
Les Aventures de Joseph Andretus, liv. II, chap. XIII.
Quand mes amis veulent choisir entre mes petites pièces, ils balancent entre les Voisins^ M. Musard et les Ricochets. Moi, je suis pour les Ricochets. Qu'on me pardonne cette franchise d'amour-propre, je ne trouve presque rien à reprendre dans les Ricochets. L'idée de la pièce est ingénieuse et vraie, et la pièce elle-même me parait bien exécutée. C'est un tableau en miniature de toute la société envisagée sous un point de vue assez piquant. Les rôles du jockey, de sa petite maîtresse, du colonel et de sa capricieuse amante, ont de la grâce-, de lingénuité et quelquefois de la passion. Ceux de M. Dorsay et de son valet de chambre ont du comique et de la vérité.
La pièce obtint un succès qui se soutient encore. Quelques personnes dirent que mes personnages étaient encore des marionnettes. Je n'en disconviens pas. Dans les Ricocliets^ comme dans les Marionnettes^ tous les personnages changent subitement de volonté suivant les événements, suivant la situation où ils se trouvent ; mais la pièce offre encore autre chose. D'abord comme le passage de Joseph Andrews ^ que j'ai pris pour épigraphe, et qui m'a donné le sujet, elle offre un tableau par échelons de toutes les classes de la société. Tel qui se trouve inférieur de celui-ci est supérieur de celui-là, il reçoit avec sou-* mission les ordres du premier; il donne ses ordres
avec importance au second, qui les reçoit à son tour et va donner les siens à d'autres. Plus un homme est souple devant son supérieur, plus il est arrogant envers son inférieur. Fielding monte du postillon jusqu'au roi; moi, je m'arrête au fils d'un ministre : mais j'enchéris sur lui en plaçant à côté du premier et du dernier échelon les vrais despotes de tous tant que nous sommes. Mon petit jokey obéit à sa maltresse. Le fils du ministre obéit à la sienne; cette maîtresse obéit elle-même à un caprice, et c'est ce caprice dont elle est dominée qui domine et décide, par une suite de ricochets, le sort de tous les personnages. Enfin, en rompant toutes les espérances par la perte d'un petit chien, en les faisant renaître, en les réalisant, en opérant des mariages et faisant obtenir des places par le cadeau d'un serin, je prouve que les petites causes amènent souvent de grands effets ; je mets en action ce mot d'un ancien qui disait que la république était gouvernée par son fils ; car ce fils gouvernait sa mère, la mère gouvernait le père, et le père gouvernait la république.
Dans les trois suites de ricochets qui composent la pièce, on devine d'avance par les premières scènes quelles sont celles qui vont suivre. C'est la faute du sujet, c'en est aussi le bénéfice. Il m'a semblé reconnaître que le pubhc était plus satisfait de voir arriver la scène telle qu'il l'attendait que fâché de l'avoir devinée.
Un homme que je ne connais pas m'adressa, quelques jours après la première représentation, de vifs reproches d'avoir voulu le désigner dans le rôle de Dorsay. Ce n'était pas la première fois que de pareilles réclamations m'arrivaient. Comme si la comédie navait déjà point assez d'entraves, il s'est établi
OU plutôt il s'est renouvelé depuis quelque temps une manie de crier aux personnalités. Puisque la tâche de l'auteur comique est de peindre les gens qu'il voit, il n'est pas étonnant que, dans le nombre, quelques-uns se reconnaissent ; mais faut-il pour cela l'accuser d'avoir voulu désigner tel ou tel à la risée publique? Quant à moi, je déclare franchement que j'ai presque toujours eu en vue un ou plusieurs modèles dans les ridicules que j'ai essayé de peindre ; mais je déclare aussi que je me suis attaché à changer quelque chose au portrait, que je me suis empressé de retrancher tout ce qui aurait pu faire recoDuaître l'original, et qu'en prenant l'individu pour modèle, j'ai eu pour unique but de montrer, non pas l'homme, mais le ridicule dont il élait atteint.
J'approche de celle de mes pièces qui m'a causé le plus de chagrin, les Capitulatmis de conscience. Si elle avait réussi, elle m'en aurait peut-être causé bien davantage. Je n'aurais pu éviter un procès avec la communauté des procureurs, et voyez la suite ! Ils ne pouvaient me pardonner d'avoir mis en scène un avoué petit-maître et avide, et un autre, casuiste et d'une conscience un peu large. Si je n'en avais introduit qu'un , disaient-ils ; mais deux ! Qu'auraient-ils dit s'ils avaient vécu du temps d'Arlequin Grapignan, successeur de M. Coquinière ? que doivent-ils dire quand ils voient la fameuse scène des deux procureurs dans le Mercitre Galant ? Il est sans doute plus d'un avoué aussi honnête qu'habile ; mais où en es-tu, pauvre comédie, si l'on ne te permet pas même les procureurs fripons et négligents !
PERSONNAGES
SAIN VILLE, jeune colonel, fils d'un
minisire M. Clozbl.
DORSAY M. Vigny.
LAFLEUR, valet de chambre de Dor-
say M. Picard j ".
GABRIEL, jocK^y de Dorsay M. Firmin.
M'"° DE MIRGOUR, nièce de Dorsay. M»'« Delisle.
MARIE, jeune femme de chambre de
M'"° de Mircour M"« Adelinb.
La scène se passe, à Paris, dans l'appartement de M. Dorsay.
COMÉDIE