SCÈNE IX. MADAME SINCLAIR, DORIGNY
MADAME SINCLAIR
Elle a raison. Gomme elle est douce et i)ateline! Ils font les grands chez eux, ils sont petits chez moi. L'arrivée de M. Vernissac fait qu'on marche plus directement au but. Ma nièce vient à peu près de me proposer de faire sa fille légataire universelle... Mais qu'avez-vous ? Je vous trouve un air préoccupé.
DORIGNY
Oh! rien. Mon fils qui s'avise d'une passion!..., et sa mère qui semble l'approuver^ lorsque lui-même se condamne!,..
MADAME SINCLAIR
Pauvre jeune homme! Quand me l'amènerez-vous?
DORIGNY
Vous ne pourrez pas le voir : cette nuit même il part pour Rome; c'est ce qu'il a de mieux à faire. Laissons
8S LA VIEILLI-: TANTi:.
cela. Madame Saint-Laurent m'invite à dîner, ut il iir lient qu'à moi de gagner un pot -de -vin considérable avec M. Bardolin, qui est venu me trouver à mon étude.
MADAME SINCLAIR
Déjà !
DOniGNV.
Oh! il n'y met i)as tant de cérémonie que madame Saint-Laurent; cependant c'est dans vos seuls intérêts qu'il agit ; c'est pour vous délivrer de tous les embarras ; vous n'auriez plus à vous occuper de fermages, de placements, de testaments, et il ne ferait tort à personne- Les Saint-Laurent sont assez riches; Vernissac est garçon; son fils est le chef de la famille; il a presque la cerlilude de lui luire obtenir une très-grande place, s'il peut le marier richement.
MADAME SINCLAIR
Et enfin que prétend-il ?
DORIGNY
Vous lui avez parlé avant-hier de placer tout en viager, et il m'a chargé de vous proposer d'augmenter d'un liers votre revenu, en vous laissant môme l'usufruit d'une de vos terres, si vous voulez tout vendre, tout céder à l'un de ses amis.
MADAME SINCLAIR
Pourquoi l'un de ses amis ?
DORIGNY
C'est Bardolin qui achèterait réellement; il y aurait une contre-lettre; l'ami ne serait qu'un prête-nom, un homme de paille.
MADAME SINCLAIR
Homme de paille, contre-lettre, pot-de-vin ! J'ai continué dix ans le commerce de mon mari, et je n'ai jamais su ce que cela voulait dire.