ACTE II, Sr.KNE IX
DORIGNY
C'est pourtant Irès-comiu. Un homme qui entreprend une spéculation hasardeuse ou équivoque ira-t-il compromettre son nom ou ses biens? Il trouve à bon marché un prete-nom, un pauvre diable qui mxrche à pied, boit de Teaii, loge au quatrième, dispaïaît ou se montre à volonté, tandis que le véritable propriétaire, à Tabri par une bonne contre-lettre, mange dans le vermeil, éclabousse ses créanciers, et fait des actes de bienfaisance.
MADAME SINCLAIR
L'honnête homme! C'est commode et bien inventé. Qu'avez-vous répondu? '
DORIGNY
J'aurais pu me fâcher : j'ai pris le parti de rire: mais c'est le sort des hommes avides de se persuader que tout le monde leur ressemble. Il a pris ma gaieté pour un consentement. Il m'a serré la main, il me croit dans ses intérêts. Il m'a prié de brusquer la chose, de la traiter dans le plus grand secret, et si cela venait à se divulguer, son rôle est tout prêt, il jouerait la colère, l'inquiétude, le bon père qui tremble de voir son fds dépouillé.
MADAME SINCLAIR
Il faut que ce Cardolin ait une bien mauvaise idée dd moi pour croire que je consentirais à ruiner tous les autres....
DORIGNY
Il assurerait une dot à mademoiselle Saint-Laurent, il ferait une belle pension à Vernissac.
MADAME SINCLAIR
Ah ! ils ne se contentent pas de convoiter leur part de ma succession, ils cherchent à se déshériter mutuellement. L'un veut m'acheter en viager, l'autre veut un legs universel ; et le troisième, que voudra-t-il ? Il faut
9() LA VIEILLK TANTE.
les mettre aux prises, en laissant deviner à chacun les petites menées des autres.