ACTE ni, SCENE IV
LOUISE
Ma lante, c'est mon devoir, c'est mon intérêt d'être franche avec vous, et vous m'y encouragez. Il est certain que je ne m'étais pas encore avisée de regarder mon cousin Anato le comme le mari qui m'était destiné, et cependant je crois qu'il faut que je Faime et que je l'épouse.
MADAME SINCLAIR
Et pourquoi? Je te prends sous ma protection; je ferai entendre raison à ta mère.
LOUISE
Oh! quand bien même ma mère ne l'exigerait pas, je crois que ce serait encore le seul parti que j'eusse à prendre.
MADAME SINCLAIR
Pour le coup, je ne t'entends pas;
LOUISE i
Ah! ma bonne tante.
MADAME SINCLAIR
Eh bien, tu rougis, tu te tais. Pourquoi crâindrais-tu de me confier...? Tu sais bien que je ne te gronderai pas, moi. Yeux-tu que je t'aide à parler? Aurais-tu distingué quelqu'un ? Serait-ce ce jeune homme que nous avons vu au bal, qui s'est habitué à venir causer avec nous dans nos promenades ?
LOUISE
Ahl ma tante, ne me parlez pas de lui.
MADAME SINCLAIR
Il est aimable, on le dit honnête homme.
LOUISE
Tene^, ma tante, je crois qu'il faut que j'épouse mon cousin Anatole.
MADAME SINCLAIR
Comment, que veut dire ceci, mademoiselle ? Eh ! quoi? lorsque je vous presse, lorsque je parais disposée à prendre votre parti, s'il le faut, contre vos parents.... Pourquoi trembler ? Avez-vous quelque secret? Auriez-vous revu ce jeune homme ?
LOUISR.
Je n'ai qu'un reproche à me faire, c'est d'être sortie hier un instant avec Rose, et je suis rentrée bien vite au jardin.
MADAME SINCLAIR
Eh bien, il n'aura pas manqué de vous saluer, d» causer avec vous. Peut-ôlre il se sera hasardé à vous déclarer son amour. Quel est-il ? Son nom ? Son état ? Sa fortune ? Parlez ; mais parlez donc.
LOUISE
De grâce, ne vous emportez pas, et ne m'interrogez plus.
Je devine, ce jeune homme ne peut vous convenir, et vous rougissez de vous trouver pour lui, au fond du cœur, un sentiment de préférence. Quelle inconséquence à moi d'avoir souffert ces entretiens I Mademoiselle Rose est bien hardie d'être sortie hier avec vous. Il suffit, mademoiselle; épousez le fils de M. Bardolin, et soyez heureuse avec lui si vous pouvez.
LOUISE
Ah! ma tante, comment ce mariage pourra-t-il faire mon bonheur, s'il altère votre tendresse pour moi.. Surtout, ne grondez pas Rose.