LOUISE, MADAME SINCLAIR, DORIGNY
DORIGNY
Vous voyez que je ne perds pas de temps. J'ai examiné tous vos papiers.
MADAME SINCLAIR
C'est vous, monsieur Dorigny ? Concevez-vous cette petite ingrate? Ses parents veulent la marier à son cousin Anatole; elle ne l'aime pas, c'est tout simple; elle m'avoue qu'il est une autre personne qui lui paraîtrait préférable, c'est encore tout simple.
DORIGNY
Pardon, j'ignorais qu'il fût question d'affaires de famille ; je me retire.
MADAME SINCLAIR
Restez, vous êtes mon ami, bien plus mon ami que tous les gens qui m'entourent. Je n'ai point de secret pour vous. Je provoque la confiance de mademoiselle -par toutes les marques de la tendresse que j'ai vraiment pour elle ; elle - s'obstine à me taire le nom et Tétat du jeune homme dont je vous ai parlé, qui, depuis quinze jours, nous rencontre comme par hasard dans toutes les promenades ; et tout en avouant qu'elle n'aime pas son cousin, elle veut l'épouser.
DORIGNY
Mademoiselle a sans doute des motifs.
MADAME SINCLAIR
Eh! quels motifs? A moins qu'elle n'ait reconnu que l'autre jeune homme est indigne de s'allier à
DORIONY.
Par sa fortune, peut-être ?
MADAME SINCLAIR
Est-il trop riche? Je ny saurais que faire; mais qu'elle le dise au moins. Est-il trop pauvre ? Ce ne serait pas un obstacle à mes yeux : elle le sait. Ce n'est pas cela. Il faut qu'elle ait découvert quelque chose qui n'est pas bien dans sa conduite, dans son caractère
LOUISB.
Son caractère est noble, sa conduite est délicat» •. (A Dorigny.) Eh ! mais, monsieur, défendez-le donc.
MADAMB SINCLAIR.
Qu'il le défende. Le connaissez-vous? Vous entendez-vous avec ma nièce? Ainsi je ne serais environner que de c:ens qui cherchent à me tromper; et les cœurs sur lesquels je croyais pouvoir compter me manqueraient comme les autres.
DORIONY.
Permettez....
Madame Sinclair.
C'est pour le coup qu'il n'y aurait plus moyen de rire, qu'il faudrait vraiment s'affliger de la fausseté, de la persévérité....
DORIONY.
Mais vous êtes d'une vivacité....
madame SINCLAIR;
Répondez-moi ; quel est-il, cet objet de la passion de
ma nièce?
DORIONY.
Eh, parbleu, c'est mon fils.
MADAME SINCLAIR
Votre fils!