‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 127 sur 194 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

DERVI LLE.

Oui, je vais à Paris.

MADAME DERVI LLE.

Y mcnes-tu ta femme?

DERVI LLE.

Impossible, ma mère.

MADAME D E R V I L L E

Mon fils...

DERVI L LE.

J'ai, voyez-vous, mille choses à faire.

Je dois voir Teligny, Soulange et cœtera ; Mais Charles va descendre, il l'accompagnera.

MADAME DERVILLE

Faut-il que je te parle ici du fond de l'âme? Ton cousin ne doit pas accompagner ta femme. Ils sont toujours ensemble; et je te dirai, moi, Q^ue cela me parait très imprudent.

DERVILLE

Pourquoi?

MADAME DERVILLE

J'ai mes raisons.

DERVILLE

Comment? Quelle idée est la vôtre!

J'aime bien mieux le voir auprès d'elle qu'un autre; Il n'est pas dangereux!

MADAME DERVILLE

Tout ce que tu voudras;

Mais à ta place, moi, je ne m'y fîrais pas.

Charle est garçon, mon fils, un jeune homme s'enflamme;

S'il allait devenir amoureux de ta femme?

DERVILLE

charle amoureux!!! Je suis tranquille sur ce point; Vous le calomniez!... Oh! je ne le crains point;

Avec sévérité.

Car autrement... Mais peste! il n'est pas si frivole! Elève distingué d'une célèbre école, Charle est ingénieur, et s'occupe par goût Des soins de son état; géomètre avant tout, Savez-vous ce qu'il voit dans les traits les plus dignes D'inspirer de l'amour? des angles et des lignes. On est sûr, quand il tient un volume à la main, Que ce volume est grec ou tout au moins latin. Car c'est, vous le savez, l'antiquité qu'il aime. Il vit avec les morts, c'est son bonheur suprême! Des vivantes d'ailleurs il ne s'occupe pas. Et préfère un vieux livre à de jeunes appas. Mais pour être en repos, j'ai cent motifs encore...

MADAME DERVILLE

Quels sont-ils?

DERVI L LE.

Bah! je sais que ma femme m'adore.

MADAME DERVI L LE.

Oui, je ne puis douter de son amour pour toi; Mais cependant veux-tu t'en rapporter à moi? J'ai soixante ans, mon fils, et de l'expérience; Crois-moi, tâche d'avoir un peu plus de prudence. Imite la conduite et franche et sans détours De quelqu'un que tu vois à peu près tous les jours.

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