‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 129 sur 194 · ACTE I, SCÈNE V 2 ■} l · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V 2 ■} l

Pour les États-Unis! Mais c'est une disgrâce.

Non, je l'ai demandé.

DERVI LLE.

Monsieur, grand bien vous fasse!

J'espère que Madame au moins reste avec nous.

MADAME FRANVAL

Au contraire, je pars.

DERViLLE, à Franval.

Monsieur, y pensez-vous?

FRANVAL

Pauline l'a voulu.

DERVILLE, à madavie Franval .

Quitter votre patrie!

Soyez de bonne foi, cela vous contrarie.

MADAME FRANVAL, vlvCIHCHt.

Non : ce parti n'a rien qui ne me semble doux; Ma patrie est partout où je vois mon époux.

DERVILLE, à Franval.

Contre ce procédé souffrez que je proteste. Franchement, en cela comme dans tout le reste, Votre conduite semble annoncer un jaloux.

F RAN VAL

Qui? moi?

DERVILLE

Tous ces égards qu'elle reçoit de vous,

Cette adoration assidue, éternelle,

Ce sont des fers dorés que vous jetez sur elle.

Je ne veux pas, monsieur, m'expliquer à demi,

Et vais vous dire ici ma pensée en ami :

11 est fort dangereux d'obséder une femme,

Oh! oui, fort dangereux!

A madame Franval.

N'est-il pas vrai, madame?

A Franval.

Eh bien! c'est là l'effet de tous vos petits soins;

Quand on se voit beaucoup, on s'aime beaucoup moins.

MADAME F RANVAL.

Principe faux, très-faux! Je déclare au contraire, Qu'en fait de petits soins, pour nous on peut tout faire; Et que Monsieur vint-il m'encenser à genoux, Il ne parviendrait pas à me mettre en courroux.

FRANVAL

Moi, je tiens qu'un mari doit avoir pour sa femme Tous les bons procédés que lui-même réclame; Que leurs droits sont pareils; et qu'enfin entre époux, L'égalité parfaite est le premier de tous. J'ajoute que, si même un sexe doit à l'autre Quelques égards de plus, c'est à coup sûr le nôtre. Car, il faut l'avouer, nous avons de grands torts, A faire pardonner; nous sommes les plus forts.

Dervillc rit.

De mes discours il est bien facile de rire;

Mais un principe sûr, je persiste à le dire,

Principe qu'il serait dangereux d'oublier.

C'est qu'un homme à sa femme appartient tout entier.

ACTEIjSCÈNEV i]]

MADAME FRANVAL, tlis-vivOUCnt .

Très-bien pense, cela! Vous parlez comme un ange,

A Davilk.

Quant à vous, vous tenez un discours bien étrange. Ecoutez : votre femme est d'un esprit fort doux, Elle n'a pas de fiel; c'est très-heureux pour vous! A sa place, monsieur, il en est beaucoup d'autres, Qui pourraient se venger de torts tels que les vôtres.

DERVI LLE.

Non, non, madame, non; il n'en est pas ainsi.

Et je connais beaucoup les femmes, Dieu merci.

Pour leur plaire je sais les plus secrètes routes.

J'ai toujours remarqué qu'elles consultent toutes,

Avant de nous juger et de donner leur cœur,

L'opinion d'autrui beaucoup plus que la leur.

J'en conclus qu'un mari, qui veut plaire à sa femme.

Doit mettre aux pieds d'une autre et ses vœux et sa flamme ;

A chaque pas qu'il fait sur le terrain d'autrui.

Elle sent redoubler sa tendresse pour lui.

C'est par ce moyen-là que j'attache la mienne;

Aussi je suis aimé!... Vous comprenez sans peine.

Quand je parle d'aller faire ma cour ailleurs,

Que c'est honnêtement, et sans blesser les mœurs.

Avant tout, le respect pour la foi conjugale!!...

Si jadis j'oubliai parfois cette morale,

Ma femme n'en sut rien; et d'ailleurs, c'est un tort.

Madame, qui m'apprit à l'aimer plus encor.

Ah! ne me parlez pas de ces époux timides,

De la fidélité partisans insipides.

D'une froide moitié bien froidement épris;

N'ayant vu qu'un objet, leur hommage est sans prix.

Observateur par goût jusques auprès des belles, J'aimais à comparer votre amie avec elles. Mais rien ne l'égalait, j'en conviens sans détours. Quand j'étais à leurs pieds, je me disais toujours : Ce n'est pas là son cœur, ce n'est pas là son âme; Plus j'étais infidèle et plus j'aimais ma femme.

MADAME FRANVAL

Mais vous nous tenez là des propos odieux!

DERVl L LE, bas.

Non, c'est que je plaisante.

MADAME FRANVAL

Ah ! Monsieur, c'est afFreux. Si vous chassez toujours sur les terres des autres. Peut-être on finira par chasser sur les vôtres.

DERVl LLE.

De tact, d'expérience on n'est pas dépourvu. Et...

MADAME FRANVAL, vialicieusemciit .

Pas tant de fierté; mille fois je l'ai vu, Quand la fatuité vient lui tourner la tête. Le mari le plus fin est toujours le plus bête.

MADAME DERVILLE

Mon fils, je vous écoute, et c'est avec humeur. Oui, mon étonnement égale ma douleur :

Je ne veux pas laisser tant d'horreurs sans réplique; Et je...

DERVILLE, riutcnompaiit.

Trois contre moi! C'est trop fort : ma logique Et surtout mes poumons ne peuvent pas lutter. Je suis battu cent fois et je vais vous quitter.

Page 1