ACTE II, SCÈNE XI
Ta femme a donc le droit de faire comme toi? Qu'en penses-tu?
D ERVI LL E.
La chose est-elle supposable?
Mais...
DERVILLE
Adèle, mon cher, elle en est incapable; C'est la vertu même.
CHARLES
Oui, je le crois fermement; Mais, enfin, admettons le fait pour un moment. Alors...
DERVILLE, d'un toii scvîre.
Alors...
CHARLES
Eh bien! parle donc.
DERVIL LE.
Son complice Périrait de mes mains.
CHARLES
Voilà bien l'injustice.
L'homme a-t-il tous les droits? Les libertés qu'il prend, La femme peut les prendre.
D ERVI L LE.
Oh! c'est bien différent.
Je vais parler ici sans passion, sans haine. Quand il trompe sa femme, et qu'elle en est certaine.
Cette conviction est pénible à son cœur. Mais pour lui, le soupçon est déjà le malheur!
Avec chaleur.
D'une double blessure il sent percer son âme. Doute de ses enfans, en doutant de sa femme! Il les aime avec crainte; et, dans ce trouble affreux, Fait rentrer dans son cœur l'amour qu'il a pour eux...
Eclatant de rire.
Mais je te vois ému; mon langage t'étonne. Sais-tu que je suis fort, quand parfois je raisonne?
CHARLES
Si tel est ton avis, Derville, au nom de Dieu! Tâche de t'arranger pour n'y pas donner lieu.
Q^ui! moi, jaloux! jamais je n'eus cette folie.
CHARLES
Écoute-moi, ta femme est aimable et jolie.
DERVILLE
Assez...
CHARLES
Elle peut certe inspirer de l'amour.
DERVILLE
D'accord.
CHARLES
Ne crains-tu pas que l'on ne veuille un jour Profiter des momens de dépit et de rage Qu'une femme a toujours contre un mari volage?
DERVl LLE.
Mon Dieu! quand j'en ferais cent fois, mille fois plus,