GERMON, BELCOUR, MADAME DORVAL, LA MARQUISE, LA COMTESSE
MADAME DORVAL, iP lin air contraint.
Cette enfant... me désole, et j'en mourrai, je crois... Parmi de vieux parens, nourrie au fond des bois, Elle est absolument sans maintien, sans usage. J'attends qu'elle ait perdu cet air gauche et sauvage. Pour la produire un peu dans la société. Mais... loin d'envisager... cela... du bon côté. Elle verse des pleurs, se plaint que je l'enchaîne : Cette enfant-là vraiment... me fait beaucoup de peine.
LA M \KQ^u ISE, souriant.
S'il m'est permis d'émettre un avis, l'enfermer, Ce n'est pas le moyen, je crois, de la former; Et le grand monde aurait plutôt cet avantage, Si... Mais, que vois-je? ô ciel! vous changez de visage, Madame.
BELCOUR, (/ inadame Dorval.
Qu'avez-vous ?
On l'cutonre.
MADAME DORVAL
Un éblouissemcnt...
\}n frisson...
^6 LAMERERIVALE
LA COMTESSE
Mais son air change visiblement !
MADAME DORVAL
Ah! de grâce, sonnez quelqu'une de mes femmes.
Bclcoiir sonne.
J'ai besoin de repos; mille pardons, Mesdames.
LA M A R Q Ll I s E .
Nous vous suivons,
MADAME DORVAL
Restez.
LA MARQUISE
Oh ! je n'en ferai rien.
A pari.
Elle qu'on louait tant! Je me vengerai bien.
Madame Dorva] sort. La comtesse et la marquise la snii'ent.
SCÈC^E V GERMON, BELCOUR.
BE L cou R, (;auiieiit.
Elles vont l'habiller de la bonne manière!
Mais comment trouves-tu, mon cher, ta belle-mère?
GERMON
Cesse de me railler; ce que je viens de voir M'apprend quel est mon sort; je suis au désespoir!
ACTEIIjSCÈNEV 47
Toi-même, dis-le-moi, puis-je prétendre encore A fléchir le tyran de celle que j'adore ? Son cœur est sans pitié, Belcour; de sa maison Elle-même à sa fille a fait une prison.
BELCOUR
Tes crayons sont bien noirs!
Veux-tu que je la vante ?
BELCOUR
Une femme, Germon, est rarement méchante, Lors même qu'elle fait une méchanceté.
As-tu vu quelquefois un enfant dépité?
11 s'emporte, il s'agite, il trépigne de rage. S'arrache les cheveux, se meurtrit le visage; Mais, un moment après, lui rend-on ses joujoux. L'aimable enfant sourit, et n'a plus de courroux. Voilà tout justement...
GERMON
Trêve de railleries.
Tu réponds à des faits par des plaisanteries. Je prise ta gaîté, j'aime ton enjoùment; Mais je les goûterais fort peu dans ce moment.
BELCOUR
Eh! de quoi te plains-tu, mon ami? tes affaires Sont en fort bon état.
GERMON
Je ne m'en doutais guères.
BELCOUR, avec dignité. Aux pieds de mon génie il faut te prosterner. Elle est à toi; je puis, je vais te la donner.
48 LAMÈRERIVALE
GERMON
Mais les difficultés...
BELCOUR
Seront toutes vaincues.
Les choses sont au point où je les ai voulues.
GERMON
Comment ?
BELCOUR
Tu peux compter que je n'omettrai rien Pour faire incessamment ton bonheur et le mien.
GERMON
Qu'entends-je?
BELCOUR
Oui, je te dois l'aveu de ma faiblesse. J'aime, et vais épouser...
GERMON
Et qui donc ?
BELCOUR
La comtesse.
Je l'adore...
Germon rit.
Cela te paraît surprenant; Car je n'ai ni le ton, ni les yeux d'un amant; Mais, dans ton intérêt, je tourmente ma belle, Et je joue à dessein la froideur avec elle.
GERMON
Toi, que j'ai toujours vu si changeant, si léger. Tu pourrais ?...