ACTE II, SCÈNE V i^Ç
BELCOU R.
Elle veut, Germon, me corriger.
GERMON
Te corriger! Ce mot dans ta bouche m'étonne. Que vas-tu faire alors chez certaine baronne. Dont la fille... est fort bien?
BELCOU R.
C'est un joli minois, Mais de l'esprit pas l'ombre.
GERMON
En ce cas je conçois.
C'est la mère...
BELCOU R.
Allons donc! elle a deux fois mon âge. j'y vais pour m'amuser, mon cher, pas davantage. La mère a de l'esprit, la fille a des appas : Chacune isolément ne me séduirait pas; Mais ensemble elles ont le secret de me plaire : Je regarde la fille, et j'écoute la mère.
GERMON
Ainsi te voilà donc converti, mon enfant !
.Ah! combien j'en rirais dans tout autre moment!
BELCOU R.
Moi converti! non pas; un instant, je m'explique. De tout temps tu connus mon esprit ironique; Pour plaisanter les gens tout me semble permis; Je raille tout le monde, et surtout mes amis. Cette façon d'aimer est fort originale; Pour eux, en mots piquans, ma tendresse s'exhale.
fO LA MÈRE RIVALE
Je suis ainsi près d'elle, et je peins mon ardeur, L'épigramme à la bouche, et l'amour dans le cœur. Entre elle et moi, Germon, ce ton de badinage Remplace les douceurs et le fade langage. Nous nous raillons sans cesse; et je vois chaque jour. Avec nos traits malins, s'accroître notre amour. Si nous nous querellons encor six mois, je gage Que nous allons, mon cher, nous aimer à la rage.
GERMON
De ce que tu m'apprends tu me vois enchanté. Tu peux donc me servir, Belcour?
BELCOU R.
Sans vanité.
GERMON
Mais madame Dorval, cependant, voudra-t-elle ?... Es-tu sûr?...
BELCOUR
Eh! bon Dieu! c'est une bagatelle; Crois qu'elle en passera par tout ce que je veux.
GERMON
Songe qu'elle est jalouse à l'excès.
BELCOUR
Eh ! tant mieux.
GERMON
Comment tant mieux ! mais c'est, à parler sans figure. Ce qui m'effraie.
BELCOUR
Et moi c'est ce qui me rassure.
Ses défauts, dans mon plan, sont presque des vertus;