ACTE II, SCÈNE VI I I 3 l
Plusieurs d'entre eux avaient un état, de raisance, Mais je n'ai pas voulu les épouser.
ROSAM BERT.
Pourquoi ?
Tous ces gens-là, monsieur, n'étaient pas plus que moi.
ROSAM BERT.
Je les trouve, en effet, bien plaisants... de prétendre...
FLORI N E
Moi, je suis faite ainsi, je ne saurais descendre.
ROSAM BERT.
C'est juste! il faut avoir un peu d'ambition.
FLORINE
Tenez, je me connais, moi! ma vocation
Est d'avoir quelque jour cent mille francs de rente;
Et, pour me marier, j'attends qu'il se présente
Un beau jeune homme, ayant de l'esprit et du goût,
Une grande fortune! on en trouve partout.
ROSAM BERT.
Vous croyez ?
FLORINE
O mon Dieu! chaque livre en abonde, Et ceu.x qui les ont faits connaissaient bien le monde. .Mais rien n'est plus commun.
ROSAM BERT, /o/(i;/// l'air ingénu.
Eh bien, je l'ignorais !
ip l'éducation ou les deux cousines
Vraiment?
ROSAM BERT.
Q^ue voulez-vous? moi, je ne lis jamais. Écoutez!... Je connais quelqu'un, belle Fiorine, QLii peut vous convenir; du moins je l'imagine. Toutes les qualités qu'il vous faut il les a; Tenez, si vous voulez, j'arrangerai cela.
FLORI NE
Monsieur...
ROSAM BERT.
Il est fort bien!
FLORINE
Je suis reconnaissante...
ROSAMBERT, sc carcssaiU le nienloii.
A peu près comme moi ! vous en serez contente. A propos, dites-moi, Fiorine, et ce concert?
Nous le donnons ce soir. Monsieur de Rosambert Nous amcnera-t-il sa sœur?
ROSAM BERT.
Vous voulez rire!
FLORINE
Comment? je ne sais pas ce que monsieur veut dire.
ROSAMBERT.
Ma sœur ne peut aller chez de simples bourgeois.
FLORINE
Mais, monsieur...
ACTEn,SCf. NEVII 133
Elle V vint par mcgarde une fois; Elle en a bien assez!...
F L o R I N E , après iiii coiirt silence.
Pourrons-nous vous attendre?
ROSAM BERT.
.Mais, oui ; chez des marchands je crains peu de me rendre. Quant à moi, je suis homme, et c'est bien différent! Par exemple, avec eux, je sais tenir mon rang; Mais près de leurs moitiés, j'ai des formes polies, Et je ne suis pas fier .. quand elles sont jolies.
Lui plissant la main sous le menton.
Je prise deux beaux yeux partout !
Que de bonté!
J part.
Ce monsieur est vraiment plein d'affabilité; Moi je l'aime beaucoup.
Dites-moi donc encore; Sur quel pied pensez-vous que je sois avec Laure ?
Monsieur, elle vous aime et vous préfère à tout.
ROSAM BERT.
Cet enfant-là, Florine, a toujours eu du goût.
Mais, de votre côté, vous sentez-vous pour elle Une passion vive, ardente?
n4 l'éducation ou les deux cousines
Moi, ma belle ?
FroidciJieiU.
J'ai, depuis bien long-temps, pris par réflexion Le parti de n'avoir jamais de passion.
F LO RINE.
Quoi! par réflexion! est-ce que c'est possible?
ROSAMBERT.
Sans doute. Dans le fond, je suis né très-sensible;
Mais, comme notre amour est rarement payé,
Je m'en tiens par prudence à la tendre amitié.
Je me connais trop bien! si j'aimais une femme,
Ce serait ardemment, et de toute mon âme!
Alors, les noirs soucis, le repentir, l'efFroi,
La jalousie enfin s'emparerait de moi !
Les passions en feu tourmenteraient mon être!
Et qui sait même? un jour j'épouserais peut-être!
Car, que ne fait-on point lorsque l'on aime, hélas!...
Voilà précisément pourquoi je n'aime pas.
FLORiNE, à part.
Mais quel galimatias vient-il donc de me faire?...
ROSAMBERT.
J'entends venir quelqu'un. Chut ! c'est Laurc et sa mère.