‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 96 sur 194 · ACTE III, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE X

Ma femme, terminons, s'ils vous plaît, ce désordre; Je prétends aujourd'hui que tout rentre dans l'ordre.

Monsieur Durai l'icnl le fcliciler.

MADAME D U P R É

Avant de nous blâmer, monsieur, écoutez-nous, Et laissez-moi, du moins, m'expliquer avec vous. Vous êtes étonné que, pendant votre absence, La maison ait acquis un peu plus d'apparence. Cet heureux changement, monsieur, est résulté D'un plan que, Laure et moi, nous avons adopté.

MONSIEUR DUPRÉ

Ce plan, que vous avez exécuté d'avance, Daignerez-vous, du moins, m'en donner connaissance?

MADAME DUPRÉ

Laure est jolie, elle a de l'esprit et du goût, Elle sait le dessin, la musique, enfin tout;

Durai s'cloii^nic en eelatanl de rire, et revient imvièJiatenient. Elle danse à merveille; il est clair que ma fille Doit trouver un époux d'une illustre famille. Pour l'aider à remplir le destin qui l'attend, Vous le sentez, monsieur, il est très-important Que nous lui ménagions les moyens de paraître; Tâchons, en bons parents, de la faire connaître. A cet effet, il faut que nous donnions, je crois. Deux concerts par semaine et trois dîners par mois. Nous avons arrangé ce petit plan ensemble; Voilà notre projet, monsieur; que vous en semble?

MONSIEUR DUPRÉ

Mais quel mauvais esprit souffle sur ma maison ? Vraiment, ma pauvre femme a perdu la raison.

lyo l'éducation ou les deux cousines

Mouvcincnt de Dnval, comprimé par M. Dupré. Qu'une jeune personne, ambitieuse et fière, Qu'y voit, dans les romans, un monde imaginaire, Et qui s'est figuré que ce monde est réel, Pense que les maris vont lui tomber du ciel; Je le conçois très-bien! Mais vous, vous! à votre âge! Vous, mère de famille! et femme de ménage! L'habitude du monde et la réflexion Devraient vous garantir de cette illusion. Ah! rarement celui qui vit dans l'opulence Choisit sa femme au sein d'une modeste aisance. Le siècle est positif! tous les jours on le voit; On sait ce que Ton donne, on sait ce qu'on reçoit.

Monsieur Dnval vient lui frapper sur l'épaule.

MADAME DUPRÉ

Oui, votre opinion est raisonnable et sage,

Et même, je l'avoue ici, je la partage.

Mais convenez aussi, monsieur, que les talents

Sont la plus belle dot qu'on donne à ses enfants.

Ce sont eux bien souvent qui font les alliances,

Et l'éducation rapproche les distances!

Dieu! quel style pompeux!

MADAME DUPRÉ

N'en soyez pas surpris.

Ce langage est de vous, vous me l'avez appris.

monsieur dupré.

Y pensez-vous ? qui, moi ?

madame dupré.

Monsieur, j'applique à Laure

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