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ACTE I, SCÈNE IV 22f

Autre grief encore :

Derviîlefait un geste d^ impatience.

Après le mariage.

J'ai remarqué qu'il est des hommes dont la rage Est de nous raconter leurs exploits amoureux, Leurs fredaines enfin; eh bien! tu fais comme eux. Adolphe, à tout propos tu lui cites les tiennes; C'est un grand tort!

DERVILLE

Qui, moi? je parle... des anciennes.

MADAME DERVILLE

Qu'importe! son amour en doit être blessé;

Un cœur tendre, mon fils, est jaloux du passé.

La froideur, qu'à présent tu montres pour ta femme,

Je te l'ai déjà dit, me blesse au fond de l'âme.

Tiens, mon ami, ton père en usait beaucoup mieux.

11 faisait ce qu'ont fait autrefois nos aïeux :

Son cœur était à moi, ma chambre était la sienne.

Et c'est le bon parti, mon fils, qu'il t'en souvienne.

Oui, s'il faut là-dessus m'exprimer franchement,

Ta conduite, vois-tu, ne me plaît nullement.

DERVILLE

Vous êtes dans l'erreur, j'aime beaucoup Adèle, En toute occasion j'ai mille égards pour elle.

MADAME DERVILLE

Des égards! en effet, quand tu sors le matin. On te voit fort exact à lui baiser la main.

Quand tu rentres le soir, personne ne l'ignore, Tu viens exactement la lui baiser encore.

Voilà de petits soins bien délicats, bien doux! Quoi qu'il en soit, je suis mécontente de vous,

Mon fils; il est un tort qu'aucune politesse

Ne peut faire oublier, vous la trompez sans cesse.

Qui, moi?

MADAME DERVILLE

J'en ai la preuve, et votre femme aussi.

DERVILLE

Quoi! près d*elle à ce point quelqu'un m'aurait noirci!

MADAME DERVILLE

Personne ;jnais écoute.

DERVILLE

Eh bien! parlez, madame.

MADAME DERVILLE

Un homme a beau cacher sa conduite, sa femme S'aperçoit aisément qu'il a d'autres amours;

Mystérieusement,

Tiens, sans qu'on le lui dise, elle le sait toujours. Et cela peut mener plus loin que l'on ne pense : Comme on l'a fort bien dit autrefois, la vengeance Est un plaisir de Dieux ou de femme; mon fils, De ta mère en passant accepte cet avis.

Ton père se loua toujours de ma conduite; C'est un devoir sans doute, et non pas un mérite. Mais j'avais du plaisir à le remplir; pourquoi? C'est qu'il avait beaucoup de procédés pour moi; Mais beaucoup... Il est temps de finir; je m'arrête, Car, tu n'écoutes pas, tu détournes la tête.

Tu brûles de partir; sans doute je t'ai pris Des momens précieux?

Oui, je vais à Paris.

MADAME DERVILLE

Y mènes-tu ta femme?

derville.

Impossible, ma mère.

MADAME DERVILLE

Mon (ils...

DERVILLE

J'ai, voyez-vous, mille choses à faire.

Je dois voir Teligny, Soulange et cœtera; Mais Charles va descendre, il l'accompagnera.

MADAME DERVILLE

Faut-il que je te parle ici du fond de l'âme? Ton cousin ne doit pas accompagner la femme.

lis sont toujours ensemble; et je te dirai, moi. Que cela me paraît très imprudent.

DERVILLE

Pourquoi?

MADAME DERVILLE

Comment? Quelle idée est la vôtrel J'aime bien mieux le voir auprès d'elle qu'un autre; Il n'est pas dangereux!

MADAME DERVILLE

Tout ce que tu voudras;

Mais à ta place, moi, je ne m'y fîrais pas.

Charle est garçon, mon fils, un jeune homme s'enflamme;

S'il allait devenir amoureux de ta femme?

DERVILLE

Charle amoureux! ! ! Je suis tranquille sur ce point; Vous le calomniez!... Oh! je ne le crains point;

Avec sévérité.

Car autrement... Mais peste! il n'est pas si frivole I Élève distingué d'une célèbre école, Charle est ingénieur, et s'occupe par goût Des soins de son état; géomètre avant tout, Savez-vous.ce qu'il voit dans les traits les plus dignes D'inspirer de l'amour? des angles et des lignes. On est sûr, quand il tient un volume à la main. Que ce volume est grec ou tout au moins latin. Car c'est, vous le savez, l'antiquité qu'il aime. Il vit avec les morts, c'est son bonheur suprême! Des vivantes d'ailleurs il ne s'occupe pas, Et préfère un vieux livre à de jeunes appas.

Mais pour être en repos, j'ai cent motifs encore...

MADAME DERVILLE

Quels sont-ils?

DERVILLE

Bah ! je sais que ma femme m'adore.

MADAME DERVILLE

Oui, je ne puis douter de son amour pour toi; Mais cependant veux-tu t'en rapporter à moi? J'ai soixante ans, mon fils, et de l'expérience; Crois-moi, tâche d'avoir un peu plus de prudence. Imite la conduite et franche et sans détours De quelqu'un que tu vois à peu près tous les jours.

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