ACTE I, SCÈNE V
DERVILLE
Pour les États-Unis! Mais c'est une disgrâce.
FRANVAL
Non, je Tai demandé.
DERVILLE
Monsieur, grand bien vous fasse!
J'espère que Madame au moins reste avec nous.
MADAME FRANVAL
Au contraire, je pars.
DERVILLE, à FranvaL
Monsieur, y pensez-vous?
FRANVAL
Pauline l'a voulu.
DERVILLE, à madame FranvaL
Quitter votre patrie !
Soyez de bonne foi, cela vous contrarie.
MADAME FRANVAL, vivemetU.
Non : ce parti n'a rien qui ne me semble doux; Ma patrie est partout où je vois mon époux.
DERVILLE, à FranvaL
Contre ce procédé souffrez que je proteste.
Franchement, en cela comme dans tout le reste, Votre conduite semble annoncer un jaloux.
FRANVAL
Qui ? moi ?
DERVILLE
Tous ces égards qu'elle reçoit de vous.
232 LE MARI A BONi^ES FORTUNES
Cette adoration assidue, éternelle,
Ce sont des fers dorés que vous jetez sur elle.
Je ne veux pas, monsieur, m'expliquer à demi,
Et vais vous dire ici ma pensée en ami :
11 est fort dangereux d'obséder une femme,
Oh! oui, fort dangereux!
A madame Franval.
N'est-il pas vrai, madame?
A Franval.
Eh bien! c'est là l'effet de tous vos petits soins;
Quand on se voit beaucoup, on s'aime beaucoup moins.
MADAME FRANVAL
Principe faux, très-faux ! Je déclare au contraire. Qu'en fait de petits soihs, pour nous on peut tout faire; Et que Monsieur vînt-il m'encenser à genoux, 11 ne parviendrait pas à me mettre en courroux.
FRANVAL
Moi, je tiens qu'un mari doit avoir pour sa femme Tous les bons procédés que lui-même réclame; Que leurs droits sont pareils; et qu'enfin entre époux. L'égalité parfaite est le premier de tous.
J'ajoute que, si même un sexe doit à l'autre Quelques égards de plus, c'est à coup sûr le nôtre. Car, il faut l'avouer, nous avons de grands torts, A faire pardonner; nous sommes les plus forts.
Derville rit.
De mes discours il est bien facile.de rire;
Mais un principe sûr, je persiste à le dire.
Principe qu'il serait dangereux d'oublier.
C'est qu'un homme à sa femme appartient tout entier.