ACTE II; SCÈNE IX 26f
MADAME DERVILLE
Oui, cette miniature A passé par ses mains.
ADÈLE
Vous... croyez?
MADAME DERVILLE
J'en suis sûre.
ADÈLE
Ah! oui... je m'en souviens, j'ai dû la lui montrer; C'est lui que j'ai chargé de la faire encadrer.
MADAME DERVILLE, à part ,
A garder ce portrait vous avez beau prétendre ; Mon cher cousin, bientôt je vous le ferai rendre.
Haut.
La fête de mon fils! j'ai commencé pour lui Un travail que je dois terminer aujourd'hui.
Vous m'y faites songer; cela pourra lui plaire, L'ouvrage est de mes mains. N'est-ce pas?
ADÈLE
Oui, ma mère.
MADAME DERVILLE
Quand il sera fini, je vous le ferai voir.
A part.
Allons trouver Zoé, qui m'attend.
Haut.
A ce soir.
A part, en sortant,
Adèle est vertueuse et pure au fond de l'âme; Surveillons-la pourtant; car enfin, elle est femme.
SCÈS^E X
ADÈLE, seule.
A-t-elle des soupçons? suivrait-elle mes pas?...
Ohl non, elle ne peut penser ce qui n'est pas...
Quelqu'un qui va surtout m'embarrasser, c'est Charle;
Sur quel ton maintenant faut-il que je lui parle?
Je ne puis décemment conserver aujourd'hui
Cet air si familier que j'avais avec lui.
Mais si je change, il va m'en demander la cause.
Que répondre?... Il est vrai qu'à bien prendre la chose,
Charles doit ignorer que je sais tout... Mais quoi!
Je n'ignorerai pas que j'ai tout appris, moi...
S'il épousait Hermancel Oui, personne plus qu'elle
Ne lui peut convenir; elle est libre, elle est belle,
Elle a cent qualités!... Remettons ce portrait;
Qu'il ne soupçonne rien... Charles, qu'avez-vous fait?
Est-ce donc là le prix d'une amitié si tendre?
Que ne puis-je oublier ce que je viens d'apprendre!
Ah! mon Dieu, le voilà; c'est sa voix que j'entends;
Éloignons-nous d'ici; ne perdons pas de temps.
Elle sort.
SCÈU^E XI