‹ Théatre (volume 3)Chapitre 139 sur 184 · ACTE II, SCÈNE XI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XI

Ta femme a donc le droit de faire comme toi?

Qu'en penses-tu?

DERVILLE

La chose est-elle supposable?

CHARLES

Mais...

DERVILLE

Adèle, mon cher, elle en est incapable; C'est la vertu même.

CHARLES

Oui, je le crois fermement; Mais, enfin, admettons le fait pour un moment. Alors...

DERVILLE, iTun toti sMre.

Alors...

CHARLES

Eh bieni parle donc.

DERVILLE

Son complice Périrait de mes mains.

CHARLES

Voilà bien l'injustice.

L'homme a-t-il tous les droits? Les libertés qu'il prend, La femme peut les prendre.

DERVILLE

Oh ! c'est bien différent.

Je vais parler ici sans passion, sans haine.

Quand il trompe sa femme, et qu'elle en est certaine,

Cette conviction est pénible à son cœur.

Mais pour lui, le soupçon est déjà le malheur I

Avec chaleur.

D'une double blessure il sent percer son âme. Doute de ses enfans, en doutant de sa femme!

Il les aime avec crainte; et, dans ce trouble affreux, Fait rentrer dans son cœur Tamour qu'il a pour eux...

Éclatant de rire.

Mais je te vois ému ; mon langage t'étonne.

Sais-tu que je suis fort, quand parfois )e raisonne?

CHARLES

Si tel est ton avis, Derville, au nom de Dieu! Tâche de t'arranger pour n'y pas donner lieu.

DERVILLE

Qui! moi, jaloux! jamais je n'eus cette folie.

CHARLES

Écoute-moi, ta femme est aimable et jolie.

/\ssez. . •

CHARLES

Elle peut certe inspirer de l'amour.

DERVILLE

D'accord.

CHARLES

Ne crains-tu pas que l'on ne veuille un jour Profiter des momens de dépit et de rage Qu'une femme a toujours contre un mari volage?

DERVILLE

Mon Dieu! quand j'en ferais cent fois, mille fois plus.

Page 1