ACTE II, SCÈNE V
BELCOUR
Elle veut, Germon, me corriger.
GERMON
Te corriger! Ce mot dans ta bouche m'étonne.
Que vas-tu faire alors chez certaine baronne, Dont la fille... est fort bien ?
BELCOUR
C'est un joli minois.
Mais de l'esprit pas Tombre.
GERMON
En ce cas je conçois.
C'est la mère...
BELCOUR
Allons donc! elle a deux fois mon âge.
J'y vais pour m'amuser, mon cher, pas davantage. La mère a de l'esprit, la fille a des appas : Chacune isolément ne me séduirait pas; Mais ensemble elles ont le secret de me plaire : Je regarde la fille, et j'écoute la mère.
GERMON
Ainsi te voilà donc converti, mon enfant !
Ah! combien j'en rirais dans tout autre moment!
BELCOUR
Moi converti! non pas; un instant, je m'explique. De tout temps tu connus mon esprit ironique; Pour plaisanter les gens tout me semble permis; Je raille tout le monde, et surtout mes amis. Cette façon d'aimer est fort originale ; Pour eux, en mots piquans, ma tendresse s'exhale.
f2 LA MÈRE RIVALE
BELCOUR
Ah ! c'est toi ! comment vont nos aifaires, Lisette ?
LISETTE
Au plus mal; car Madame a reçu ce matin Sur sa fille et sur vous un avis clandestin.
BELCOUR
Je sais, il est de moi.
LISETTE
De vous ?
BELCOUR
Eh ! oui, ma belle.
LISETTE
Mais vous m'avez, Monsieur, compromise auprès d'elle. Ce billet-là me nuit beaucoup.
En vérité ?
LISETTE
Madame a des soupçons sur ma moralité.
BELCOUR, rianL Sur ta moralité, Lisette?
LISETTE
Elle se doute Que je prête les mains à votre amour.
BELCOUR
Écoute, Je ne veux pas qu'on dise un jour que j'ai porté
ACTB II, SCÈNE VI f]
La plus légère atteinte à ta moralité 1 Voilà pour réparer tous mes torts.
// lui présente une lettre.
LISETTE
Une lettre?
V BELCOUR
C'est pour Mademoiselle; et tu vas la remettre A Madame...
LISETTE, souriant.
Monsieur se méprend sur le nom; Il veut dire, je crois. Mademoiselle.
Non!
A Madame, te dis-je.
LISETTE
Oh! la chose est unique; Mais alors, il est bon qu'au moins Monsieur s'explique; Car encor faut-il bien que je sache...
BELCOUR, lui donnant une bourse.
Tais-toi.
LISETTE, s* inclinant.
Monsieur...
BELCOUR
C'est mon secret. Mais quelqu'un vient, suis-moi. C'est madame Dorval !
Bas à Lisette en sortant.
Dieu! quel sombre visage!
SCÈSI^E VU
MADAME DORVAL, seule.
Ah ! je meurs à la fois et de honte et de rage...
Ai-je assez éprouvé d'humiliation!
J'ai fait tout jusqu'ici, tout pour l'opinion.
Que va dire un public qui toujours est extrême?
Hélas! que pensera le chevalier lui-même?...,
Mille gens empressés, jaloux, de toute part
Vont accueillir ces bruits, les répandre avec art.
Par la malignité je me vois poursuivie;
Je vois fondre sur moi tous les traits de l'envie.
Dans peu mes ennemis contre moi vont s'unir;
Un seul moyen me reste; il faut les prévenir :
Il faut, en dépit d'eux, les réduire au silence.
Et par un coup d'éclat les confondre d'avance.
Que, pour les démentir, ma fille désormais
Dans le monde, chez moi, ne me quitte jamais;
Qu'elle soit de mes pas la compagne fidèle,
Et toujours et partout montrons-nous avec elle...
Prenant un air réfléchi.
Le rôle qu'à l'instant je viens de me choisir Sans doute est peu brillant; mais il faut le remplir. De toute ambition songeons à me défendre.
A fixer les regards je ne dois plus prétendre! Partout où nous irons ensemble, je le voi,*