ACTE II, SCÈNE VII I3I
FLORINE
Plusieurs d'entre eux avaient un état, de Taisance, Mais je n'ai pas voulu les épouser.
ROSAMBERT.
Pourquoi ?
FLORINE
Tous ces gens-là, monsieur, n'étaient pas plus que moi.
ROSAMBERT.
Je les trouve, en effet, bien plaisants... de prétendre...
FLORINE
Moi, je suis faite ainsi, je ne saurais descendre.
ROSAMBERT.
C'est juste! il faut avoir un peu d'ambition.
FLORINE
Tenez, je me connais, moi! ma vocation
Est d'avoir quelque jour cent mille francs de rente;
Et, pour me marier, j'attends qu'il se présente
Un beau jeune homme, ayant de l'esprit et du goût.
Une grande fortune! on en trouve partout.
Vous croyez ?
FLORINE
O mon Dieu! chaque livre en abonde, Et ceux qui les ont faits connaissaient bien le monde. Mais rien n'est plus commun.
ROSAMBERT, jouiint Vair ingénu ,
Eh bien, je l'ignorais!
134 l'éducation ou les deux cousines
ROSAMBERT.
Moi, ma belle?
Froidement.
J'ai, depuis bien long-temps, pris par réflexion Le parti de n'avoir jamais de passion.
FLORINE
Quoi! par réflexion! est-ce que c'est possible?
ROSAMBERT.
Sans doute. Dans le fond, je suis né très-sensible;
Mais, comme notre amour est rarement payé.
Je m'en tiens par prudence à la tendre amitié.
Je me connais trop bien! si j'aimais une femme,
Ce serait ardemment, et de toute mon âme !
Alors, les noirs soucis, le repentir, l'efiroi,
La jalousie enfin s'emparerait de moi !
Les passions en feu tourmenteraient mon être!
Et qui sait même? un jour j'épouserais peut-être!
Car, que ne fait-on point lorsque l'on aime, hélas!...
Voilà précisément pourquoi je n'aime pas.
FLORINE, à part.
Mais quel galimatias vient-il donc de me faire?...
ROSAMBERT.
J'entends venir quelqu'un. Chut! c'est Laure et sa mère,