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ACTE II, SCÈNE X I

PEDRO, avec feu.

C'est toi, c'est ta famille, Toute ta parenté, l'éclat dont elle brille; C'est ton emploi, Mendoce, et le pouvoir qu'il a.

S*animant par degrés jusqu'à V exaltation.

Tout cela m'appartient, j'exploite tout cela.

Dès ce jour, vigilant, actif, homme de tête,

Je ne rencontre plus d'obstacle qui m'arrête.

Mes travaux remarqués te donnant du crédit,

J'obtiens un faible poste, et le tien s'agrandit.

Encouragé par là, je redouble de zèle;

Je me surpasse... alors ton talent se révèle.

Alors, on t'apprécie, on s'occupe de toi,

Partout, au ministère, à la cour, chez le roi ;

Sortis, dès ce moment, de la route commune.

Nous avons devant nous puissance, honneurs, fortune.

Avec ivresse.

Et nous en amassons tous les deux, est-ce clair?

G u s M A N , d*un air endormi . Tu vas te donner là bien du tourment, mon cher.

PEDRO, avec humeur.

Eh ! de quoi te plains-tu? Te fait-on violence? Parle-t-on de troubler ton heureuse indolence? La seule chose, ami, que j'exige de toi, C'est de te laisser faire et de compter sur moi.

GUSMAN

C'est bien aisé.

PEDRO

Tu vas loger ici, j'espère?

aOO LE BACHELIER DE SÉGOVIE

GUSMAN

Mais comme toi.

PEDRO

Bureaux, police, ministère, Tribunaux et palais se trouvent en ces lieux ; Tant mieux pour nous! Tu vas y fixer tous les yeux.

Avec joie, pendant que Gusman va s'asseoir.

Mon avenir a pris une teinte plus rose;

Car, si je ne suis rien, Gusman est quelque chose.

Ne vivant pas en moi, je vis dans mon ami,

£t je vois le malheur disparaître à demi!...

Pedro s'assied devant la table et lit un dossier,

GUSMAN, étendu.

Que les Orientaux ont un proverbe sage!

11 vaut beaucoup mieux être arrivé qu'en voyage,

Être assis que debout, être couché qu'assis.

PEDRO, le contrefaisant d'une voix dolente.

Être mort que vivant, on a moins de soucis.

GUSMAN

Quel plaisir peut valoir celui de ne rien faire? C'est là le vrai bonheur. Tiens, Pedro, sois sincère : Connais-tu rien d'égal à cet état charmant Où, sur un lit bien doux, étendu mollement.

On savoure à longs traits une langueur aimable, De veille et de sommeil mélange inexprimable? Les yeux déjà fermés, l'esprit ouvert encor.

On veille juste assez... pour sentir que Ton dort. Là, tout vient chatouiller et vos sens et vos âmes; On possède de l'or, des parfums... et des femmes...

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