ACTE I, SCÈNE XII
Lui prenant la main.
Consulte la raison ; est-ce que par hasard Tu voudrais devenir la femme d'un vieillard?
D'une telle union écoute le programme.
Quelquefois un vieillard émeut une jeune âme; Des qualités de cœur, des faits d'armes brillants,
Avec modestie.
Un peu de gloire enfin couvre ses cheveux blancs. On veut, on croit aimer, un doux nœud vous rassemble! Mais dès qu'on a passé cinq ou six mois ensemble, L'illusion fait place à la réalité.
Avec emphase. Humblement,
La gloire a disparu, le vieillard est resté.
Aussitôt, contre lui la campagne est ouverte, Et dix mille rivaux ont conspiré sa perte.
Les jeunes et les vieux, les oisifs, les jaloux. Tout l'univers poursuit un trop heureux époux. Ah ! d'avance, Sophie, une place est perdue, Quand, si bien attaquée, elle est mal défendue; Et le seul point douteux pour un public moqueur, C'est le jour de la chute et le nom du vainqueur. Admettons, cependant, car je crois aux miracles, Qu'un couple adroit parvienne à forcer tant d'obstacles, Que la femme, en dépit de cette hostilité.
Demeure respectable et l'époux respecté.
De ce zèle constant que rien ne peut abattre, De cette vie entière employée à combattre.
Que résultera-t-il?... Gloire, sagesse, honneur. Ils posséderont tout, excepté le bonheur.
Regardant Sophie, Mais tu frémis! Des pleurs ont mouillé ta paupière!
D*une voix suppliante.
Ah ! dis-moi que tes yeux s'ouvrent à la lumière.
SOPHIE, écartant vivement ses fnains de sa tête.
Non ! Puisque, malgré moi, j'ai parlé, cher tuteur. Ce n'est point à ma bouche à renier mon cœur; Et... Mais vous m'écoutez d'un air sombre et sévère; Vous me blâmez!...
Avec décision.
Je sais ce qui me reste à faire.
Humblement.
Celle, dont l'imprudence appela cet affront, N'a plus dorénavant qu'à se voiler le front.
Elle doit se hâter de fuir qui l'abandonne.
Douloureusement.
Et, n'étant pas à lui, ne doit être à personne.
BÉCLARD
A part. Haut.
Pauvre enfant!... Modérez le trouble où je vous voi;
Avec douceur.
Ce n'est pas vous qu'ici je repousse, c'est moi ; C'est l'inégalité d'un pareil mariage.
SOPHIE, naïvement.
Quelle inégalité? Nous avons le même âge.
BÉCLARD, surpris.
Le même?...
SOPHIE, V interrompant .
Oui, mon tuteur est jeune pour le sien ; Gaiment.
Et j'ai toujours été très vieille pour le mien.
BÉCLARD, souriant de sa pétulance.
Permets que de ton cœur ma raison se défie;