ACTE I^ SCÈNE XII ^II
Gravement, Permets que je résiste. A tout âge, Sophie, On ne plaît, on ne doit y prétendre du moins. Qu'à force de constance, et de temps, et de soins. Ai-je Tespoir, hélas! moi vieux, moi barbe grise. D'acquérir ta tendresse?
SOPHIE, avec élan.
Elle VOUS est acquise.
BÉCLARD
A moi, grand Dieu ?
SOPHIE, résolument.
A part.
A vous... Il lutte, il se défend.
Avec émotion.
Je puis donc espérer !
BÉCLARD, à part.
Quelle adorable enfant.
Quelle candeur!...
Vivement,
Ma foi, puisqu'un hasard prospère Vient m'oflFrir le bonheur...
Avec "bonhomie.
Si je me laissais faire?
Quelle pensée! Ah! fi!...'
Il devient rêveur.
SOPHIE
Mais que vois-je? Ses yeux Se détournent! Son front redevient soucieux!
C'est mon arrêt de mort, et je me suis méprise...
Elle fait un mouvement.
BÉCLARD, vivement.
Où vas-tu donc?
SOPHIE, les yeux baissés.
Je vais, désolée et soumise, Retremper dans Texil un cœur mal affermi.
Avec une tendresse passionnée.
Adieu, mon second père et mon premier ami.
Elle s'éloigne, BÉCLARD, exalté.
Quel mot!... Mais que veut-on, grand Dieu, que je devienne, S'il me faut repousser sa tendresse et la mienne?...
SOPHI E, revenant précipitamment sur ses pas.
Sa tendresse? O surprise, ô bonheur inouï!
Avec ivresse.
Je me meurs, je succombe!
BÉCLARD, avec effroi.
Est-ce que j'ai dit oui > SOPHIE, toujours animée.
Je Tai compris ainsi ; mon âme tout entière A recueilli ce mot qu'implorait ma prière !
BÉCLARD, consterné.
Malheureux! Ai-je pu m'oublier à ce point?
SOPHIE, joignant les mains.
Cet aveu si touchant, ne le retirez point; J'embrasse vos genoux.
BÉCLARD, arrêtant son mouvement.
Soit... Mais je veux y mettre Avec fermeté.
Une condition, et tu vas la connaître.