ACTE I, SCÈNE XVI 3 IÇ
BÉCLARD, contrefaisant la douce voix de sa filleule. Pour toujours ?
SOPHIE
Oh I j'ai du caractère!
BÉCLARD, d*un ton badin.
Toujours, c'est bien longtemps!...
SOPHIE
Non, parrain adoré; C'est là que je veux vivre, et là que je mourrai.
BÉCLARD, avec chaleur.
Partons! Que les fermiers de mon petit domaine Puissent voir, admirer leur jeune châtelaine; Que ces bons villageois soient fiers de tant d'honneur, Et que chacun devienne heureux de mon bonheur!...
Ils sortent.
SCÈStsCE XVI
MADAME FAGET, avec humeur.
Étrange mariage, épouser son grand'pèrei...
Se calmant.
Mais rien n'est terminé! La raison peut défaire Ce qu'a fait le caprice; espérons. Si pourtant
Tristement.
Dans ce choix singulier persistait cette enfant,
Si vingt ans demeuraient amoureux de soixante.
Prenant un air dégagé.
Eh bien I je me dirais d'une âme plus contente : Ceci n*est point un jeu, c'est un arrêt du sort;
D*un ton sentimental.
L'amour a triomphé, l'amour n'a jamais tort.
SCÈ^E T'R.EmiÈ'R^E
MADAME FACET, mirant d'im ainffaré.
Mariés! Mariés! Mon Dieu, l'étrange chose!
Aussi, de toutes parts, on en ril, on en glose.
Imitant le babil des cotitmhes.
1 Quelle faute!... Comment cela finira-t-il?... Pour l'une quel chagrin!,,. Pour l'autre quel périU- C'est Vt ce que partout pensent les bonnes âmes; Eh I bien, je ne suis pas dé l'avis de ces dames!
Gaiment.
Car enfin, il vaut mieux, du moins tel est mon goût. Que l'on soit mariée un peu.,, que pas du tout.
SCÊS^QE II
MADAME FAGET, SOPHIE, BÉCLARD. Ce dernier est vêtu à la moderne; cheveux noirs, frac élégant, et hottes. Madame Faget se tient à l'écart.
SOPHIE, amenant le général par la main, et V examinant
de la tête aux pieds.
Si vous saviez combien j'aime cette coifRire! Vos cheveux allaient mal avec votre figure j^ Ils vous vieillissaient trop. Vous aviez Tair ainsi
Avec une petite moue.
D'être de l'autre siècle!
BÉCLARD, gaiment.
Ehl mais, j'en suis aussi.
SOPHIE^ lui mettant vivement la main sur la louche. Tendrement.
Chut ! . . . vous avez trente ans.
BÉCLARD, avec bonhomie.
Laissons cela, pour cause !..
Affectueusement.
Ton amitié pour moi voit beaucoup trop en rose.
MADAME FAGET, à part, dans un coin.
Tous les propos qu'on tient sont propos saugrenus;
Uun ton sentimental.
Il aime, il est aimé, que demander de plus?
Elle sort.