ACTE II, SCÈNE III 4I
SÉRAPHINE, avec douceur.
Encor mademoiselle?
Moi, je vous ai toujours appelé Cyprien.
CYPRIEN, souriant.
C'est vrai... Votre santé, Séraphine?
SÉRAPHINE
Fort bien.
CYPRIEN
Mon Dieu, comme en sortant des murs d'un séminaire On trouve le ciel pur! Qu'ici je vais me plaire! L'intérêt de ces lieux est encore augmenté.
Lorsque je les compare au lieu que j'ai quitté.
SÉRAPHINE, affectueusement.
Dites-moi, Cyprien ? vous y mêlez, je pense, Un peu du souvenir des jeux de notre enfance?
CYPRIEN
Oui : ce temps est toujours plein de charme à mes yeux.
J'aime à me rappeler des jours délicieux.
Les rapports de nos goûts, de notre caractère.
SÉRAPHINE
Ce matin, mon ami, pensive, solitaire.
Recueillant dans mon cœur plus d'un doux souvenir,
Éveillée à demi, je rêvais l'avenir.
Avec élan.
Je vous voyais entrant dans le saint ministère. Et bientôt à grands pas parcourant la carrière; Vos talens, vos vertus vous avaient fait prélat 1 Dans un bel évêché, jetant un vif éclat.
Le front haut, entouré du plus brillant chapitre.
Vous marchiez étalant et la crosse et la mitre;
S* attendrissant.
Et moi, perdue au sein des flots de curieux, J'essuyais une larme, en vous suivant des yeux!...
CYPRiEN, ému.
J'ignore, à mon égard, la volonté céleste; Mais j'ai rêvé toujours un rôle plus modeste.
SÉRAPHINS
Quoi qu'il en soit, monsieur, de ce vœu de mon cœur,
Gaiment.
Je dois quêter bientôt, servez-moi de quêteur. Je vais (avant dix jours, si j'ai bonne mémoire) Paraître en robe neuve et dans toute ma gloire. Me ferez-vous l'honneur de me donner la main?
CYPRIEN
Très volontiers. Quel jour?
SÉRAPHINE
c'est dimanche prochain.
CYPRIEN
Quand il s'agit de Dieu, je suis rempli de zèle. Et vous pouvez compter sur moi, mademoiselle.
S' animant.
Il avait bien raison, monsieur l'abbé Vincent; L'amour que je vous porte, est pur, est innocent.
SÉRAPHINE
Aussi, me plaît-il fort; oui, j'aime à vous entendre.
Ils se donnent la main.
CYPRIEN
A mes yeux, Séraphine est la sœur la plus tendre.