‹ ThéatreChapitre 68 sur 253 · ACTE IV, SCÈNE XI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE XI

SÉRAPHINE

Vous pleurez! Qu'avez-vous ? tout votre corps frissonne.

BÉATRIX

C'est le coup de la mort... que votre main me donne.

SÉRAPHINE

La mort! qui? moil

BÉATRIX

Cest vous... qui causez tout mon mal !

Par pitié, renoncez à ce projet fatal ; Autrement... vous allez perdre à jamais trois âmes.

SÉRAPHINE

Trois âmesl juste ciel!

Oui, vous livrez aux flammes.

Aux flammes de l'enfer trois êtres malheureux. Qu'un mot préserverait du sort le plus affreux.

SÉRAPHINE, confondue.

Je... ne vous... comprends pas. Et quelles sont ces âmes Que je puis arracher aux éternelles flammes?

BÉATRIX

Ce sont... Dieu!... je n'ai plus la force de parler.

SÉRAPHINE

Vous ne répondez pas, vous me faites trembler!

BÉATRIX, avec terreur.

Ce sont... vos deux parens et vous!

SÉRAPHINE

Bonté divine I

BÉATRIX

Vous ne connaissez pas vos parens, Séraphine?

SÉRAPHINS

Orpheline, dit-on, dès mes plus jeunes ans.

Je n'ai jamais reçu leurs doux embrassemens.

BÉATRIX

Eh bien!... sachez que ceux dont le Ciel vous fit naître. N'étaient pas mariés... qu'ils ne pouvaient pas l'être!

SÉRAPHINE, cachant sa tête dans ses mains. Juste ciel!

BÉATRIX

Ju connais ton déplorable sort.

SÉRAPHINE, avec tendresse.

Ces parens, dites-moi, s'ils existent encor.

Ne puis-je pas les voir, les embrasser?

BÉATRIX

Ton père?

Jamais, ma chère enfant... Il n'est plus.

SÉRAPHINE

Et ma mère?

Béatrix ouvre ses hras, la jeune fille s'y précipite. Ah!

BÉATRIX

Vous venez d'entendre un aveu... bien cruel.

Est-ce trop, répondez, de vous donner au Ciel, De quitter des plaisirs frivoles, périssables. Pour réparer les torts de parens si coupables?

SÉRAPHINE, avec douceur.

Pourquoi donc est-ce moi qui dois les réparer?

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