ACTE IV, SCÈNE XI
SÉRAPHINE
Vous pleurez! Qu'avez-vous ? tout votre corps frissonne.
BÉATRIX
C'est le coup de la mort... que votre main me donne.
SÉRAPHINE
La mort! qui? moil
BÉATRIX
Cest vous... qui causez tout mon mal !
Par pitié, renoncez à ce projet fatal ; Autrement... vous allez perdre à jamais trois âmes.
SÉRAPHINE
Trois âmesl juste ciel!
Oui, vous livrez aux flammes.
Aux flammes de l'enfer trois êtres malheureux. Qu'un mot préserverait du sort le plus affreux.
SÉRAPHINE, confondue.
Je... ne vous... comprends pas. Et quelles sont ces âmes Que je puis arracher aux éternelles flammes?
BÉATRIX
Ce sont... Dieu!... je n'ai plus la force de parler.
SÉRAPHINE
Vous ne répondez pas, vous me faites trembler!
BÉATRIX, avec terreur.
Ce sont... vos deux parens et vous!
SÉRAPHINE
Bonté divine I
BÉATRIX
Vous ne connaissez pas vos parens, Séraphine?
SÉRAPHINS
Orpheline, dit-on, dès mes plus jeunes ans.
Je n'ai jamais reçu leurs doux embrassemens.
BÉATRIX
Eh bien!... sachez que ceux dont le Ciel vous fit naître. N'étaient pas mariés... qu'ils ne pouvaient pas l'être!
SÉRAPHINE, cachant sa tête dans ses mains. Juste ciel!
BÉATRIX
Ju connais ton déplorable sort.
SÉRAPHINE, avec tendresse.
Ces parens, dites-moi, s'ils existent encor.
Ne puis-je pas les voir, les embrasser?
BÉATRIX
Ton père?
Jamais, ma chère enfant... Il n'est plus.
SÉRAPHINE
Et ma mère?
Béatrix ouvre ses hras, la jeune fille s'y précipite. Ah!
BÉATRIX
Vous venez d'entendre un aveu... bien cruel.
Est-ce trop, répondez, de vous donner au Ciel, De quitter des plaisirs frivoles, périssables. Pour réparer les torts de parens si coupables?
SÉRAPHINE, avec douceur.
Pourquoi donc est-ce moi qui dois les réparer?