ACTE I, SCÈNE III I
PEDROj r examinant.
Gusman?...
En croirai-je mes yeux?... Mais, oui, cet air tranquille... Cest lui-même!
GUSMAN, ouvrant îes bras et se levant .
C'est toi? Pedro dans cette ville?
PEDRO
Mon bon, mon cher ami! Comment, je te revoi!
Embrassons-nous encor.
GUSMAN, se laissant faire.
Quel jour heureux pour moi I
PEDRO
Sous cet accoutrement, assez mesquin peut-être. J'avais, je l'avouerai, peine à te reconnaître. Et je suis étonné...
GUSMAN, avec modestie.
Mais c'est l'accoutrement Que comporte aujourd'hui ma fortune.
PEDRO
Vraiment?
Hélas! oui, mon ami; ces capitaux, ces terres. Ces domaines brillants, ces champs héréditaires. J'ai trouvé le moyen de tout perdre en sept ans.
PEDRO
Juste ciel!... Et comment, en aussi peu de temps, As-tu pu dévorer un patrimoine immense?
GUSMAN, avec bonhomie.
C'est beaucoup plus facile à faire qu'on ne pense.
Mon intendant, vois-tu, les femmes et le jeu. Dans cet ouvrage-là, m'ont aidé quelque peu.
Enfin, pas un débris n'échappa du naufrage...
Soupirant.
Cela ne serait rien si j'avais du courage.
Cet abîme profond, qui vient de m'engloutir.
Je sens que je n'ai pas la force d'en sortir. Et l'esprit et le corps, en moi tout est malade; Je n'ai plus qu'à mourir.
PEDRO
Mon pauvre camarade!
GUSMAN
Hier, j'ai dîné, cela fit trêve à mon ennui; Mais je ne suis pas sûr de dîner aujourd'hui. Tant le sort ennemi s'acharne à ma poursuite!
PEDRO, lui serrant la main .
Quoi! tu dînas hier! Que je t'en félicite!
Voilà déjà longtemps que je ne dîne plus; Ce repas-là, je l'ai supprimé comme abus.
Tu ris?
PEDRO
Oui, je suis jeune et ma gaieté m'entraîne... Gravement.
Mais j'ai bien, comme toi, plus d'un sujet de peine.
GUSMAN
Et quel sujet de peine a pu te survenir Pour t' affecter ainsi ?
PEDRO
Je n'ai point d'avenir.