ACTE I, SCÈNE Vil IfÇ
L'Europe entière aspire à la succession; La France, l'empereur et la Grande-Bretagne ^ Offrent leurs candidats et caressent l'Espagne. Certes, le duc d'Anjou l'eût emporté vingt fois, N'était cette Berlips, qui repousse un tel choix. Une étrangère, ici, commande en souveraine!
GUSMAN
D'où lui vient son crédit?
PEDRO
Elle a servi la reine, Simple femme de chambre ; elle arriva bientôt, A force de souplesse, au poste le plus haut.
GUSMAN
On dit qu'elle a beaucoup de talents?
PEDRO
Qui le nie?
Ce qu'en elle je hais, c'est surtout son génie. Elle a, je le sais trop, un courage éprouvé.
Un caractère bas, un esprit élevé.
GUSMAN, indolemment, et avec un peu d'humeur.
Eh! faut-il de cela nous tourmenter la tête?
Que ce soit l'archiduc ou d'Anjou qu'on nous jette.
Qu'importe?... Mais venons à toi, mon pauvre ami.
PEDRO
Hélas! tu ne connais mon malheur qu'à demi; Je suis amoureux.
Toi?
l6o LE BACHELIER DE SÉGOVIE
PEDRO, d*un ton sentimental.
D'uhe femme accomplie, Que j'ai vue une fois, en lui sauvant la vie.
G u s M A N , le contrefaisant.
Incident tout à fait romanesque!... Dis-moi, Qui t'amène en ce lieu?
PEDRO
Je demande un emploi.
GUSMAN
Eh ! j'en veux un aussi.
PEDRO
Dans les bureaux?
GUSMAN
Sans doute.
PEDRO, tristement.
Je ne suis pas heureux!
GUSMAN, avec gaieté.
Comment! il me redoute?
PEDRO, avec élan.
Ah! connais mieux mon cœur! Quoi qu'il puisse arriver, Puisque mon bon destin m'a fait te retrouver, Jamais, Gusman, jamais le démon de l'envie Ne pourra délier le saint nœud qui nous lie.
Ils se serrent la main.
FABRicio, entrant.
Messieurs, pour un instant passez de ce côté.
Ils sortent par le fond; Fahricio regarde Gusman avec surprise.