ACTE I, SCÈNE IX
ISABELLE
Toujours rêveuse!...
Il faut, décidément, que tu sois amoureuse.
ÉMERANCE
A... moureuse? et... de qui?
ISABELLE, d*un toti moqueuf.
De ce bel inconnu, De ce libérateur qui du ciel t'est venu I
ÉMERANCE
Quittez ce ton badin.
ISABELLE
Et toi, quitte, ma chère.
Ton emphase espagnole et ton amour vulgaire.
ÉMERANCE, uvec feu.
Mon amie, écoutez I... Ce langage moqueur,
Qu'a dicté votre esprit, fait tort à votre cœur.
Avez- vous oublié quel danger fut le nôtre?
Ah! je lui dois ma vie... et, qui plus est, la vôtre.
Dans le cirque, un taureau, frémissant de courroux.
Renverse la barrière et s'élance vers nous;
Tout s'éloigne, tout fuit et nous livre à sa rage.
C'est alors que paraît, ardent, plein de courage.
Cet inconnu qu'amène un fortuné hasard.
Léger comme la foudre, il accourt ; son poignard
Piquant au bas du cou l'animal redoutable,
A nos yeux, raide mort, l'a jeté sur le sable.
Aussitôt, tout entier un peuple admirateur
Célèbre par ses cris notre libérateur;
Les pieds, les mains, les voix applaudissent ensemble!...
Confus de sa victoire, il s'intimide, il tremble.
Il se perd dans la foule, et dérobe à nos yeux Son courage modeste et son front glorieux.
ISABELLE
Quelle description animée et savante I
Je crois encore lire un roman de Cervante.
D'un ton goguenard.
Mais ce triomphateur, au courage éclatant. M'a Tair d'être assez mal avec l'argent comptant.
ÉMERANCE, humiliée.
Quelle réiflexionl
ISABELLE
Tu permets, je suppose, Qu'à tant de poésie on mêle un peu de prose?
Avec dédain.
C'est quelque... étudiant, je ne m'y trompe pas.
ÉMERANCE, Mcssée»
C'est un homme d'esprit, j'en suis sûre.
ISABELLE
En ce cas, Il sera l'instruanent d'un adroit personnage, Appliquant les talents d'un autre... à son usage. Choisir un pareil homme est vraiment un travers; Quelle dot aura-t-il? de la prose et des vers. Marier le besoin avec la poésie.
L'agréable union! l'aimable fantaisie!
FABRicio, annonçant.
Le comte de Mendoce, Aima, de Sandovic, Chargé de la police et de l'esprit public.