ACTE I, SCENE I
ALVAR
Ah ! qu'en tends-je ?
IDABIORE.
Et mon amour jaloux Prétend la disputer à son céleste époux.
Le message secret que ses mains m'ont fait rendre Dans ce lieu redouté m'ordonne de l'attendre j Elle y doit devancer l'instant où le soleil Voit le peuple en prière adorer son réveil } Mais , si j'en crois les fleurs dont le triste assemblage Du cœur de Néala m'a transmis le langage , Si mes yeux ont bien lu dans leurs sombres couleurs , Je dois me préparer à d'étranges malheurs.
Sans t'a voir consulté , ma tendresse importune Par un danger nouveau t'enchaîne à ma fortune j Pardonne : en ces climats , quel autre qu'un chrétien Eût protégé le cours d'un semblable entretien ?
Mais ta raison , Alvar, instruite aux bords du Tage Des dogmes de Brama repousse l'esclayage , Et conçoit qu'une vierge , infidèle à ses dieux , Leur prëfére un guerrier qui triompha pour eux. ALVAR.
Ne TOUS assurez point dans vos pieux trophées ; Les clameurs des soldats , par la crainte étouffées , Sont un faible rempart au chef audacieux Qui brave le courroux d'un ministre des cieux. De ce danger moi-même utile et triste exemple, J'avais vengé mon roi, mon pays et mon temple; Malheureux ! j'éveillai par un seul jour d'erreur D'un tribunal sacré l'ombrageuse fureur.
Du ciel pour me punir descendit i'anathéme j Il sécha sur mon front l'eau pure du baptême ; Convive rejeté de la table de Dieu , Je vis devant mes pas se fermer le saint lieu. J'errais loin de l'asile où le crime s'expie ;